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Catherine Fradier - L'Agence de sécurité économique

     Début janvier est sorti le second tome de la série de l'ASE en poche aux éditions Pocket. Du coup, j'ai voulu revenir un peu sur ce diptyque de Catherine Fradier en regroupant les deux ouvrages dans un dossier. Ils ont été pour moi un très gros coup de coeur que je relis avec plaisir à chaque fois.

Cristal Défense
"Cristal défense" est l'étape ultime du secret d'État. C'est très simple: le rapport est écrit, lu par le supérieur direct puis il est cloisonné dans un coffre. Il est rare d'un tel stade soit atteint. Seules affaires très sensibles, et celles qui ne devraient même pas exister sont tamponnées de ce cachet. Et parmi celles-ci, il y a les dossiers traités par Éléonore de Coursange, dite Léo, et son équipe. Ils forment l'Agence de sécurité économique. Il s'agit d'une agence, née des services secrets français, dont l'objectif est de sauvegarder les intérêts des entreprises capitales pour l'économie française.

Et ce jour, Léo a entre les mains un dossier qui l'étonne un peu. Il est question des intérêts économique de la société Aristee. Seulement, cette société spécialisée dans les semences et les engrais est américaine. Certes, elle a un partenariat d'envergure avec l'état français mais il est inhabituel de protéger les intérêts étrangers. Elle poursuit la mission et tombe certains secrets qu'ils n'auraient pas dû révéler. Les serres du piège se referment sur chacun d'eux tout doucement mais sûrement. Ils sont chacun leur propre quête, et leurs propres démons. Mais lorsqu'OGM, crise alimentaire et peurs personnelles se rencontrent, la situation est explosive. Et le résultat va en laisser sur le carreau.

Récent roman de Catherine Fradier, Cristal Défense est surtout symptomatique d'une nouvelle écriture française.
Je m'explique. Avec ce thriller, l'auteur nous pond une œuvre à l'écriture américaine du point de vue télévisuelle. En effet, les auteurs des scenarii des séries américaines sont une école qui n'existe pas en France. Regardez les séries policières made in TF1 et vous comprendrez ce que je veux dire. On y voit une certaine linéarité. Alors que chez nos voisins outre-atlantique, on cultive les intrigues multi-couches: une intrigue principale et des secondaires qui courent tout le long de la saison. Du coup, vous avez plusieurs lectures possibles d'un épisode. Ici, c'est la même chose: une intrigue principale concentrée sur Aristee, et des secondaires centrées sur les personnage du premier cercle de l'équipe. Et aucune ne se superpose à l'autre. Et ce, jusqu'au twist final.

En plus de ce côté littéraire pur, vous retrouvez avec cet ouvrage l'aspect politique de l'œuvre de Catherine Fradier. Pour vous donner une idée, vous remplacez Aristee par Monsanto et le côté réel de l'historique de la société est rétabli. De la même façon, elle nous plonge dans un monde assez effrayant par rapport à l'information et aux services secrets. Mais c'est notre monde comme il est dit sur la quatrième de couverture. Et c'est le talent de l'auteur: à travers une histoire inventée, elle nous plonge dans une réalité opaque glauque. Mais c'est la vérité.


La face cachée des miroirs
        Il y a dix-huit mois, l'Agence de sécurité économique est démantelée sous l'accusation d'espionnage pour l'ennemi. Mais la vérité est toute autre, elle s'est tout simplement approchée de trop près d'un conglomérat européen, l'Institut européen d'analyse et perspective, en relation avec les hautes sphères étatiques. Les agents de l'ASE étaient une menace, ils ne le sont plus. Deux sont aux arrêts pour contraindre Léo, chef de l'ASE, de se tenir tranquille. Igor est parti en Russie et Karl est en prison à Fleury-Merogis pour pédophilie.

Léo a compris le message, elle se tient tranquille et laisse les têtes en paix. Mais elle ne cesse de penser à une image. La dernière de l'ASE, le visage de sa fille disparue depuis plus de dix ans. Elle est vivante, elle le sait mais elle ignore où elle est. Elle a alors ouvert une agence d'investigation économique. Les clients sont là et les risques aussi. Elle est sur écoute pour éviter qu'elle ne s'occupe de ce qui la concerne pas.
Mais des agents d'une force étrangère viennent la voir pour lui faire la démonstration du soutien qu'elle peut espérer. Première preuve: la libération d'Eric et Latifa qui sont retenues par les services secrets français. Puis, libération par la voie légale de Karl. 
Les cartes sont distribuées et la donne ne sera pas renouvelée. Éléonore de Coursange s'attaque pour la seconde fois à l'Institut européen. Et cette fois, il n'est plus seulement question de justice mais de vengeance. 

L'année précédente, Cristal défense avait donc été mon gros coup de cœur. J'avais été très agréablement surpris par le style et l'écriture. Une écriture qui sortait totalement des canons européens. 
Ici, on revient à une écriture plus linéaire. Mais c'est bien obligé puisque Léo est la seule survivante de l'ASE. Tous les autres héros de la précédente saison sont emprisonnés ou disparus de la circulation d'une façon ou d'une autre. Du coup, Catherine Fradier prend ses lecteurs à revers en changeant totalement son fusil d'épaule. Alors que, pour le premier, elle alternait les points de vue des personnages, elle choisit ici de suivre Éléonore de Coursange au pas. Elle est présente dans toutes les scènes du roman. Et le challenge est réussi puisqu'il n'y a pas de latence ou d'ennui. Les évènements tiennent en haleine le lecteur et le surprenne pour garder son attention. On n'a qu'une hâte: connaître la conclusion pour avoir enfin le fin mot de l'intrigue concernant la fille de Léo. 
On retrouve tous les personnages que l'on a aimé dans le premier volume, et on y découvre d'autres. De nouvelles intrigues viennent se lier à la principale, et les happy-ends ne sont pas forcément au rendez-vous. Surtout, ce tome est bien la fin du diptyque. Mais on nous promet une saison trois. Alors j'ai hâte de voir les nouvelles intrigues.

Les enquêtes de Mona Cabriole

La série Mona Cabriole, édité par La Tengo, commence à s'étoffer alors je vous mets ici la liste des chroniques par arrondissement. Je la remettrai à jour au fur et à mesure.
3ème arr.
6ème arr.
10ème arr.
13ème arr.
14ème arr.
15ème arr.
17ème arr.
18ème arr.
19ème arr.

Christian Roux


Il existe des auteurs dont on entend parler par aucun grand média, ou site que l'on visite régulièrement. Vous savez... Ces auteurs qui font leur chemin de leur côté, et qui récoltent des prix dans les festivals de polar. Et pourtant, personne ne semble vouloir en parler. Ou alors de façon discrète, comme s'il ne fallait pas trop en parler de peur que les autres en parlent aussi. Christian Roux fait partie de ces auteurs. Son parcours est discret mais conséquent. Dès son premier roman, il est salué par la critique et les festivals. Et pourtant, on entend peu parler de lui et de son oeuvre. Non non... le mot oeuvre n'est pas trop grand. De véritables thématiques se retrouvent dans ces trois romans: la détresse sociale, l'abandon de soi mais également une remise en cause de soi qui amène à une meilleure estime de soi-même.

Mais Christian Roux n'est pas seulement cette vision pessimiste de la vie. Il n'est pas synonyme de désespoir. Il est surtout synonyme d'estime de soi et de courage. Ses héros ont tout contre eux et pourtant cherche cette vérité qui leur fera plus de mal que de bien. Mais c'est la Vérité, alors elle doit être dite. Mais l'homme derrière les livres est également un artiste complet. Il appartient à cette catégorie d'artiste qui s'essaie à plein de domaines pour s'exprimer au maximum. Musicien de formation, un album est prévu pour l'automne 2007, et une pièce de théâtre dont il s'occupe de la musique est des effets sonores est en tournée. Mais nous en parlerons un peu plus tard.

Écrivain, musicien, chanteur... Un dernier mot résume notre homme. C'est un citoyen. Au sens noble du terme. Dans chacune de ses œuvres, tant écrite que jouée, il est question du désordre organisée politiquement et socialement. C'est un homme engagé qui s'immerge dans la vie de la cité. Laissez-moi vous le présenter!



Christian Roux: Un homme derrières les maux

Né en 1963. Lauréat au concours général d'éducation musicale en 1981. Tout à tour instituteur, berger, employé de librairie, caissier, magasinier, coursier, déménageur de décor, machiniste constructeur, pianiste de bar, peintre en bâtiment... Il devient intermittent du spectacle en 1997 et parvient à ne plus se consacrer qu'à la musique et à l'écriture.

Christian Roux s'était fait remarquer entre autres avec son roman Braquages. Après le discret Placards, il prouve avec Les ombres mortes qu'il fait plus que tenir ses promesses, entraînant son lecteur dans un machiavélique récit où le suspense fait écho au tragique dans un jeu de perpétuels rebondissements.

Il n'oublie pas pour autant ses premières amours: la musique. Il continue dans cette voie en illustrant musicalement une pièce de théâtre. Illustration qui obtient le prix de la critique. Ce touche-à-tout remporte l'adhésion dans tout ce qu'il fait. Et pourtant, il ressent l'envie de se mettre en danger, de s'ouvrir beaucoup plus. Il veut que les lecteurs sachent véritablement qui il est. Et il publie son second roman, Placards. Il n'a pas le succès de son précédent. Il faut dire qu'ils n'ont rien en commun. Tandis que le premier nous peignait un monde noir mais où une certaine lueur bienveillante existait, ce second livre nous dépeint un univers de chaos pessimiste où l'espoir n'a pas sa place. Malgré cela, ce livre très sombre est le préféré de l'auteur parce que le plus personnel. Cet aspect se ressent très nettement à la lecture. En lisant ce roman, vous apprendrez à connaître l'homme derrière les mots. Et surtout, les thématiques chères à l'auteur sont présentes dans ce livre comme dans les autres.


Christian Roux: Une œuvre derrière les mots

Christian Roux s'est donc fait connaître en 2002 par Braquages qui a obtenu le prix du premier polar SNCF de 2002, puis le prix polar 2003 de Saint-Quentin en Yvelines. La machine est lancée pour un premier roman, et les lecteurs apprécient cette histoires de SDF et de complot. Pourtant ils boudent le second. Trop personnel et trop noir pour eux. Une nouvelle édition par Folio est prévue. Espérons qu'elle aura le même succès que le troisième et dernier livre à ce jour de notre homme, Les ombres mortes. Dès lors, il a déjà été récompensé en décembre 2006 par le prix du meilleur polar francophone de la ville de Montigny-lès-Cormeilles. Trois polars où se mêlent le doute de soi et l'envie de connaître la Vérité. Même si cette vérité fera plus de mal que de bien, comme je le disais plus haut. Une véritable somme de thématiques se retrouve dans ces trois livres.

Le premier thème qui vient épaissir ses histoires est la détresse sociale. Ces héros, ou plutôt anti-héros, sont des femmes ou hommes qui ont un vécu socialement déséquilibré et désorganisé. Il s'agit de ces oubliés qui sont ou trop dans la misère ou pas assez pour que l'on en parle. Et surtout ils sont isolés dans leur malheur. Alors ça n'attire pas le chaland et sa curiosité naturelle. Pas assez spectaculaire. Et en ce sens, Christian se rapproche de son modèle Jean-Claude Izzo, cet auteur marseillais qui a centré son œuvre sur la simplicité de la misère. Pas besoin de créer une catastrophe économique ou naturelle pour étudier la misère et la mettre en avant. Il nous suffit de sortir de chez nous, et d'ouvrir les yeux. Ainsi, ces deux auteurs ont mis en avant dans deux histoires totalement différentes et tout aussi fortes ces personnes que l'on ne voit plus et qui disparaissent de moins en moins sur nos rues. Ils ont écrit sur les SDF mais pas pour qu'on les plaigne mais pour que l'on réfléchisse à leur place dans notre société. Et ces deux écrits vont jusqu'à nous prévenir qu'il serait temps que l'on règle ce problème sinon la bombe risque d'exploser assez violemment. Si Roux nous dépeint cette menace sous forme de polar, Izzo lui a préféré la fresque sociale et humaine avec Le soleil des mourants.

Chez Roux, la détresse sociale est également présente dans Les ombres... à travers deux jeux de personnages. Tout d'abord, ce flic amoureux de la liberté au point de tomber amoureux d'une immigrée clandestine. Il lui promet monts et merveilles au point de tout faire pour lui obtenir des papiers. Il est moche tant physiquement que socialement. Et tente de survivre dans ce monde qui le rejette pour autant de raisons, tant bonnes que mauvaises. En parallèle, vous avez ses parents qui veulent venger leur enfant. Ils l'ont perdu et considère avoir tout perdu en même temps. Il ne leur reste rien alors pourquoi continuer cette vie. Autant l'instrumentaliser. Et c'est tout naturellement qu'ils se retrouvent avec ce flic revanchard et blasé.

Dans Placards, la détresse est tout autre. Il s'agit de celle qui touche les enfants. Il s'agit de cette violence physique et morale qui crée un vide difficile à combler une fois adulte. A travers les trois personnages, nous avons les trois stades d'évolution de cette détresse: la victime présente qui est détruite, la victime passée qui tente de se reconstruire, et le coupable qui subit sa tare. Un récit fort où les trois tentent de se retrouver avec leurs propres démons. Certains y arrivent, d'autres pas. C'est le propre de la détresse. Mais ce n'est pas une violence morale gratuite que nous dépeint Christian Roux. Non... Pour contrebalancer ce pessimisme, les personnages luttent pour la confiance, et l'estime de soi. Et ils y arrivent mais non sans mal.

Quatre SDF sont engagés pour un braquage, et sont roulés par leur commanditaire. Vous aurez reconnu le rapide pitch de Braquages. Des gens qui n'ont plus rien à perdre, même plus l'estime de soi. Des ces personnages, l'auteur va sortir des héros de romans comme on en a peu vu. Ils partent du plus bas pour obtenir une espèce de reconnaissance d'eux-même. Mais cette lutte n'est pas simple et évoluera à travers l'ensemble du roman. Par conséquent, un enseignement est à tirer de ce polar: pour exister pour les autres, il faut exister pour soi avant tout. Et cette leçon revient en filigrane dans Les ombres... Dans un premier temps, par cet amnésique qui se bat contre lui-même et contre ses appréhensions pour retrouver sa véritable identité et son passé. Tout au long du roman, il devient un autre. Pour le meilleur? Il ne sait pas trop. Mais, comme je l'ai déjà dit, c'est pour la vérité, alors le jeu en vaut le coup pour lui. Mais cette thématique est également présente de ce roman à travers le personnage du flic, le commissaire Degrave, qui vient de Braquages. Il finit dans ce troisième roman son parcours initiatique. Et se retrouve enfin avec lui-même.

Pour Placards, la lutte est moins heureuse. Si certains personnages parviennent à se sortir un tant soi peu de cette détresse, d'autres s'y enfoncent plus profondément encore. Mais l'important est qu'ils essaient de se sortir de cette mélasse dans laquelle la Vie les a mis. Et cette lutte existe pour chacun d'entre eux. De fait, ces trois romans sont liés inéluctablement. Une même force et une même envie les guident. Il s'agit de cette envie de dépeindre le côté de la société que l'on ne veut plus voir. En ce sens, Christian Roux fait partie de cette génération qui fait revivre ce genre méprisé qu'est le néo polar.



Christian Roux: les projets avec ou sans les mots/maux

Le néo polar est né en France au début des années 70. Fer de lance de ce nouveau genre littéraire appartenant à la grande famille du polar, la Série Noire de Gallimard et ses auteurs sortent le polar français du carcan rigide des truands et de leurs mésaventures avec les flics pour créer une vague de contestation post 68. Le roman policier français se fait alors le porte-voix de la dénonciation des inégalités, du racisme, des injustices et des magouilles du pouvoir.

Un roman social, des anti-héros violents en guerre contre la société et des auteurs oscillant entre l'image de la décadence de la société d'aujourd'hui et la nostalgie des polars d'hier. Ces romans s'imprègnent de la politique au sens noble du terme (la vie dans la cité) pour combattre la politique au sens galvaudé du terme (celle des politicards). Des auteurs de renom sortent de cette écurie avec talent. On peut citer Frédéric H. Fajardie qui jette le plus gros pavé dans la mare avec son roman anarchiste, La nuit des chats bottés publié la première fois en 1975. Grand classique, selon l'auteur il s'en vend encore un par jour de nos jours. Il y a aussi Jean-Bernard Pouy qui créera le personnage du Poulpe plus tard aux éditions de La Baleine. On pourrait citer encore beaucoup de noms (Jonquet, Japrisot, Daeninckx..) mais nous n'en ferons pas un catalogue long et fastidieux.
Au cours des années 80-90, le genre est tombé en désuétude et le public ne s'en est plus intéressé. Certains auteurs comme Fajardie continuait (Jusque peu malhuereusement ...)d'écrire tout en s'ouvrant à d'autres genres, mais ils restent isolés. Puis une nouvelle génération d'auteur ressent l'envie de jeter à leur tour le pavé dans la mare. L'un des premiers à le faire avec succès et en étant plébiscité par le public est Jean-Claude Izzo avec sa trilogie Montale. Il amène une nouvelle subtilité au genre. Ses romans ne traitent pas de politique mais sont immergés dans la politique. On ne dénonce pas directement mais on fait un état des lieux qui ne laisse pas de doute sur la direction à prendre. Un prochain dossier sera consacré à cet auteur et à son apport non négligeable au polar français.

De la même façon que DOA par exemple, Christian Roux s'est engouffré dans cette brèche parce qu'elle représentait ce qu'il voulait faire. Parler de ce qui l'entoure tout en racontant des histoires pour donner au tout plus d'épaisseur. Et c'est ce qu'il fait dans chaque domaine qu'il touche. Au théâtre, en tournée actuellement, Le Rêve d'Alvaro nous conte la mondialisation sous la forme d'une farce burlesque. Six femmes, dans un décor fixe rejoue la guerre de Troie sous fond de mondialisation et de modernité. Une vingtaine de rôle sont joués par ces six seules femmes. Vous êtes pris dedans et imaginez les scènes sans mal. Et Christian Roux illustre musicalement le propos de façon admirable. De la même façon, dans Défardé, l'album qui doit sortir cet automne, Christian nous enchante véritablement avec sa voix grave en nous parlant de ces thèmes qui lui tient à coeur. Allez faire un tour sur http://www.nicri.fr/ où certains morceaux sont en écoute.

Mais la littérature?... Comme je l'ai déjà dit, Placards va enfin être réédité très prochainement en poche. Et, l'auteur nous a confié qu'une adaptation au cinéma de Braquages étant en travail au niveau du scénario. Je vous en reparlerai très vite. Un nouveau roman est également en préparation. Et une nouvelle inédite est insérée dans le recueil La France d'après où il traite d'un thème qui le touche particulièrement, les intermittents du spectacle. Une petite merveille condensée. Lisez-la si vous doutez du talent de cet auteur.


Maxime Chattam - La trilogie du mal

A l'heure où est fini son second cycle de trois œuvres (Le cycle de la Vérité) et où il s'attaque à un nouveau genre avec Autremonde, j'ai voulu revenir sur la trilogie qui l'a fait connaître. Pour cela, j'ai repris un dossier que j'avais écrit précédemment et l'ai remis à jour.

Première œuvre du jeune auteur Maxime Chattam, 26 ans à l'écriture du premier tome, la trilogie du Mal est surtout l'occasion de la découverte d'un auteur hors pair. En effet, l'auteur a soulevé une vague de lecteur et de fan comme il l'a été rarement fait par un auteur français. Il vous suffit de vous rende à une séance de dédicace et vous constaterez le phénomène.
L'étude de cette trilogie n'a pas été un travail des plus évidents parce que la toile tissée par l'auteur à travers ces trois livres est dense.
La trilogie en est une véritable au sens où les trois romans sont indépendants en eux-mêmes. Il est totalement possible de les lire dans un autre sens et vous comprendrez parfaitement les enquêtes. Toutefois, le héros de cette saga, Joshua Brolin, est le centre névralgique puisqu'une véritable évolution du personnage est présente à travers les trois volumes. Alors que dans le premier, il est jeune et veut faire son travail plus que tout, dans le second nous croisons un Brolin diminué psychologiquement parlant. Il ne sait plus trop quoi faire de sa vie. Il continue des enquêtes tout simplement parce qu'elles le maintiennent debout. Enfin dans le dernier tome, il reprend espoir en l'existence. Nous assistons vraiment à un parcours initiatique personnel à travers la trilogie.

De plus, l'auteur arrive à créer un univers qui ne demande qu'à être développé par la suite. Ce qui est prévu mais nous verrons cela plus tard. Joshua est donc le seul véritable lien entre ces trois romans. Un conseil: lise-les dans l'ordre mais indépendamment. Je m'explique. Ne cherchez pas un quelconque rapport. Laissez-vous absorbez par les enquêtes. Ensuite, tentez une relecture des trois tomes d'un coup (Ce qui a été fait pour ce dossier), vous verrez alors l'évolution flagrante de l'auteur et de son personnage fétiche. Vous ne pourrez qu'être impressionné de la façon dont l'auteur maîtrise son sujet.


L'âme du mal

Publié en 2002. Joshua Brolin y a 31 ans.

C'est le premier thriller, et même roman tout court, publié sous le pseudonyme de Maxime Chattam. Et le premier tome de la trilogie.

Un homme enlève des jeunes femmes et les torturent pour les laisser à la vue de tous. Mutilée de leurs avant-bras. Le jeune inspecteur Joshua Brolin est chargé de cette enquête: l'affaire du bourreau de Portland. Il finit par l'arrêter d'une balle dans la tête, et sauve ainsi sa dernière victime potentielle. Seulement, un an plus tard, les crimes recommencent avec des détails que seuls le tueur pouvait connaître.

Avec ce premier roman, on assiste à une naissance. Celle du style de l'auteur. On sent très bien qu'il possède une certaine originalité et une vision très cinématographique. Et ces caractéristiques seront plus flagrantes avec les autres romans. Certains paragraphes sont ici encore un peu long et coupent le rythme. Cependant, Maxime Chattam nous scotche littéralement avec ses connaissances en Criminologie. En effet, alors que certains thrillers traînent dans la même cour, ils paraissent comme un cour pédagogique de police techniques scientifique. Et les passages sont alors ennuyeux voire barbant. Je ne vous dis pas qu'ici, les détails ne sont à aucuns moments un peu longs mais il a évité l'écueil principal avec la création d'un personnage qui permet la plupart du temps l'explication de ces techniques par un dialogue et non une tirade narrative. Ce personnage est Bentley Cortland, futur Attorney.

Le pari est donc réussi avec ce roman. Et le public ne s'y est pas trompé. Et ce même si la plus grande vague de lecteurs est apparue avec le second tome, In Tenebris.


In Tenebris

Publié en 2002. Joshua Brolin y a 35 ans.

Il s'agit du second volume de la trilogie, souvent le plus plébiscité par les lecteurs

New York City. Une femme court. Nue. Elle fuit un assaillant invisible. Elle est effrayée comme jamais. Dans sa course irréfléchie, elle provoque un accident avant de se réfugier dans un parc national de la municipalité. Elle est retrouvée peu après scalpée. L'enquête est confiée à Annabel O'Donell dont le mari a disparu sans laisser de traces quelques mois auparavant. Alors que l'enquête va vite et qu'un suspect est désigné, la police new yorkaise découvre des photographies de femmes, hommes et enfants terrorisés. Le tueur n'était pas seul. Parmi ses photographies, il y a celle d'une jeune fille que Joshua Brolin recherche.

Le roman de la consécration pour l'auteur. Pour beaucoup, leur préféré de la trilogie. L'ambiance fantastique y est pesante à chaque page. De plus, le style de l'auteur s'affine et se confirme ici. Nous trouvons le Maxime Chattam définitif... ou presque! Des paragraphes courts, des descriptions très cinématographiques et une imagination des plus terrifiantes parce que proche de notre réalité! De plus, on sent très bien que l'auteur se sent en confiance. Un exemple flagrant: Brolin est censé être le héros de la saga et il n'apparaît qu'après 100 pages de lectures.


Maléfices

Publié en 2003. Joshua Brolin y a 35 ans.

Le troisième et dernier volume de la trilogie

Un corps est retrouvé dans les bois aux alentours de Portland. Il s'agit du frère de Larry Salhindro, ami et ancien coéquipier de Brolin. Par respect et par amitié, le détective privé se charge en parallèle de l'enquête. Mais l'affaire se complexifie très vite. Travaillant avec ses anciens amis de la police, il découvre des corps de femmes emprisonnées dans un énorme cocon avant d'avoir été éviscérées. A cela s'ajoute la mystérieuse invasion d'araignées dans les logements de Portland. La panique est proche lorsqu'on sait que 80% de la population mondiale se dit arachnophobe.

Avec ce thriller, l'auteur boucle le tout avec le retour de Brolin à Portland et son travail dans la police de façon officieuse. On retrouve la grande majorité des personnages inventés avec l'âme du mal. On prend beaucoup de plaisir à les retrouver en compagnie d'Annabel O'Donnel. Une très bonne conclusion de la trilogie


Frise des événements

A travers cette frise temporelle, nous prenons la trilogie comme un tout narratif. En effet, il est ainsi aisé de remarquer que les événements des différents romans s'entrecroisent temporellement parlant.

  • 1980 Enlèvement du petit Josh Phillips, dans un centre commercial de la banlieue de Miami
  • Etude du profiling a Quantico pour le FBI

  • Joshua Brolin quitte le FBI, et rejoins les rangs de la police de Portland, sa ville natale

  • avril 87 Création de la secte de Caliban

  • 12 avril 87 Un avion explose au-dessus du Colorado

  • Octobre 98 Affaire du bourreau de Portland

  • Octobre 99 Affaire du Fantôme de Leland

Suite à cette affaire, Brolin voyage à travers le monde pendant trois ans. Il revient démissionnaire de la police, et détective privé spécialisé dans les disparitions.

  • 17 Décembre 2000 Disparition de Bradley, le mari d'Annabel
  • Juin 2001 Autopsie par Sidney Folstom d'un homme qui se révèle être encore vivant
  • Janvier 2002 Affaire de la secte de Caliban à New York. Rencontre de Brolin et d'Annabel
  • Juin 2002 Les araignées envahissent Portland. La Chose est derrière
  • 21 Juin 2002 Brolin et Annabel s'associent

Est-ce la fin?...

Joshua Brolin fait partie de ces personnages auxquels on s'attache, et que l'on aimerait revoir. Et pourtant, l'auteur est catégorique: il ne reviendra pas sur le devant de la scène. Lorsqu'on y réfléchit, c'est une bonne chose en réalité. Ainsi, le lecteur a tout loisir d'imaginer à sa guise l'avenir de la relation entre Joshua et Annabelle. Le cycle est clos pour le détective.

Toutefois, les projets ne sont pas inexistants pour autant. En effet, par audace, un dessinateur a proposé à Maxime Chattam de faire de la trilogie une adaptation en bande-dessinée. Mais ce projet semble tomber à l'eau...

Pour autant, M. Chattam n'en a pas fini avec Portland, et les personnages créés à travers ces trois thrillers. Il est effectivement prévu de qu'il nous conte la disparition de Bradley, le mari d'Annabelle. De plus, il a été question également que la légiste Sidney Folstom aurait son thriller dans trois ou quatre ans.

En conclusion, à travers cette trilogie, un auteur s'est fait connaître. Avec le succès est venu la controverse. Des mots même de l'auteur, "il en faut de la controverse". Certains lui reprochent de mettre le produit livre en avant en tant que tel, tandis que d'autres le critiquent parce qu'il se mettrait en avant. Il est vrai qu'il conçoit ses livres comme des produits qu'il faut vendre. Qui lui jetterait la pierre? La démarche pourrait être attaquable s'il n'était pas honnête avec les lecteurs et avec lui-même. Mais il l'est. Il n'écrit pas les histoires qui font vendre. Si c'était le cas, il n'aurait pas écrit le sang du temps et aurait continué dans la lancée des thrillers urbains. Il vend des histoires qu'il écrit avec passion. Il suffit de discuter avec lui cinq minutes pour s'en rendre compte. Vous verrez que vous avez affaire à un jeune homme passionné et non à un jeune loup aux dents pointues.

De plus, une édition intégrale va être publiée le 27 novembre. Alors laissez-vous tenter...

(Cette image est issue du site http://polars.pourpres.net/)