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Todd Strasser - La vague

-Je t'assure, c'est incroyable de voir à quel point ils t'apprécient davantage quand tu prends les décisions à leur place. 
Cette phrase est dite par un professeur d'histoire du lycée de Palo Alto, en Californie. Sa femme, en entendant ce discours, se dit que l'expérience est allée trop loin. Et c'est vrai que l'expérience ambitieuse a peut-être dépassé l'instigateur. Il était question d'un simple jeu de rôle essayant de répondre à la question que tout le monde s'est posée un jour: Pourquoi les allemands n'ont pas réagi durant l'ascension des nazis? 

Ben Ross a pris la décision de leur expliquer par les faits qu'il est toujours plus simple de se laisser porter par le courant. Il créé subitement le mouvement La Vague dont le credo est Le pouvoir par la discipline ! Le pouvoir par la communauté ! Le pouvoir par l'action! Et il met en place toute une procédure de vie autour de ce mouvement. Seulement le groupe dépasse le créateur, et devient une pieuvre dont chacun des tentacules est indépendants. La Vague englobe le lycée, et les ambitions dépassent la petite ville de Palo Alto.

Attention! Leçon de vie!
Ce court roman est la version romancée (très légèrement seulement) d'une histoire vraie datant de 1967 en Californie. Un prof d'histoire a voulu jouer un jeu dangereux, et il s'est brûlé les ailes. Dans le roman, il  arrive à retourner ses cartes montrer la vérité. En même temps, le lecteur se prend une leçon des choses de la vie. Et chacun comprend que la liberté est une denrée rare et éphémère. Un rien peut la menacer. Nous y compris. Nous sommes nos propres prédateurs, et nos meilleurs gardiens.
Ce petit livre est un très bon roman. Le style dépouillé nous garde de toute émotion ou jugement hâtif. On attend de voir où tout ceci va nous amener. On sent bien que les choses dérapent, mais à chaque tournant imprévu on est surpris de son ampleur. L'espoir nous tend à penser que tout est prévu mais on doute. Et, à la fin, on comprend que tout a dépassé le guide mais qu'il a réussi à rebondir. La scène finale, je l'ai relu deux fois de suite. J'en avais les larmes aux yeux. Les mots et les phrases sont simples mais les sentiments partagés sont réels et forts.
C'est un roman à donner à lire à tous les lycéens durant l'étude du montée du nazisme en Allemagne. Et au passage, ils pourront visionner en classe le film qui a été tourné en Allemagne. Il est un brin moins fort que le livre mais il a l'avantage de moderniser le propos et les situations. 

Jean-Marc Fedida - Le procès Capone

Je pense qu'il n'est pas besoin de présenter Alphonse Capone, dit Al Capone ou encore Scarface. De nombreux films nous l'ont présenté sous son jour le plus glorieux. Mais on parle peu de sa chute. Les incorruptibles d'Eliott Ness nous en donne bien sûr une version, qui est retravaillée dirons-nous. On sait du coup qu'il est tombé pour fraude fiscale sans que jamais il soit question des assassinats qu'il a pu commanditer. Et dont tout le monde connaissait la paternité. Comme une vaste hypocrisie. Mais pas tant que ça finalement.
Al Capone a dirigé une entreprise fleurissante qui ne faisait que vendre aux américains ce qu'ils désiraient, et ce que l'Etat d'alors leur refusait avec l'ère du Volstead Act érigeant en loi les principes puritains de la Prohibition. Ils vendaient de l'alcool, des jeux et des femmes. Des plaisirs simples. Mais il ne faisait pas bon d'être contre lui. Mais les meurtres commandités ne pouvaient jamais lui être reliés. Il était malin. Cependant, il s'est fait un ennemi impitoyable qui ne lâche pas sa prise. Il a osé se moquer de l'Etat et de ses lois. Peu importe presque les meurtres, il faut punir ce loup qui renie les principes érigés par le tout puissant Etat. Il faut mécanique propre. Il est riche, très riche. Tout le monde le sait. Mais aucune déclaration d'impôt n'est jamais rempli par cet immigré italien. Il vit rubis sur ongle mais ne gagne rien?... 
La machine est lancée. Elle est presque risible quand on voit le passif qu'il a. Mais elle est implacable. Il va payer et passer du statut de légende nationale (il existait des pièces de théâtre vantant ses mérites de son vivant) à tare honteuse. Il finira ses jours dans un état proche du légume. En tous cas, il sera un enfant dans un corps d'adulte. Le récit d'une déchéance programmée
Jean-Marc Fedida commence son ouvrage en vantant presque Al Capone et son entreprise. Il nous explique le point de vue du gangster en nous montrant du doigt les raisons de ses agissements et son raisonnement. J'en étais un peu décontenancé. Je me suis demandé où il voulait en venir. Puis vint une phrase qui replace tout dans son contexte. 
>Que l'on se méprenne pas! Alphonse Capone est tout sauf un personnage sympathique. La rue dont il est devenu maître à Chicago mais aussi à Cicero est encore rouge de sang de ceux qui l'ont défié, ou de ceux qui lui ont simplement déplu.
Avec ce simple paragraphe, il m'a fait comprendre où il voulait en venir. Avec cet ouvrage, il met en exergue en duel de titans: Al Capone, et l'Etat américain. Al Capone a cru pouvoir créer son propre état avec ses propres règles. Il était persuadé que son argent le sauverait de toutes les situations. Finalement, c'est à cause de cet argent qu'il est tombé. Et quand vous avez compris cette opposition, vous serez plongé dans les rouages de ce combat passionnant. On y apprend de nombreuses vérités historiques qui nous mettent en perspective les récits que l'on a tous en mémoires.
Alors que le sujet peut paraître peu évident et peut-être complexe, Jean-Marc Fedida arrive à nous y intéresser. Pour ceux qui aime les périodes un peu troubles, et les vérités historiques sur les légendes urbaines, ne loupez pas ce livre. 
Pour la petite anecdote, vous y apprendrez notamment qu'Eliott Ness est décédé après avoir été condamné  plusieurs fois en état d'ivresse avancée. 

Marin Ledun & Brigitte Font le Bret - Pendant qu'ils comptent les morts


Rappelez-vous! Il y a seulement quelques mois, toute la presse faisait la Une sur les suicides à la chaîne à France Télécom. Certains titraient sur le caractère inquiétant et même alarmant du phénomène, alors que d'autres préféraient pointer du doigt de sombres statistiques en expliquant que la société n'était pas plus suicidogène qu'une autre. Passons sur la stérilité de ce dernier débat.
Observons un peu les chiffres. En décembre 2009, la direction de France Télécom annonce avoir recensé 32 suicides dans la société depuis janvier 2008. 32 suicides!!! Dans une même société! Et ils sont passés en montrant du doigt un malaise existant dans leur contexte professionnel. Pourquoi? Je ne pourrai pas vous le dire. Ni moi, ni personne d'autre. Mais on peut essayer de vous expliquer l'ampleur d'un phénomène. Pas forcément un nouveau phénomène, mais un phénomène qui prend une toute autre ampleur cette dernière dizaine d'année. Il convient d'ouvrir les yeux, et d'essayer de changer la donne. En effet, ce mal-être n'existe pas que chez les salariés de ce géant de la télécommunication. Vous le retrouverez chez l'ensemble des boites qui appliquent les nouvelles méthodes managériales. Ces méthodes se basent sur des principes tous simples: le salarié est un enfant qu'il faut encadrer strictement. Il faut lui promettre monts et merveilles (mais ne surtout pas les lui donner). Puis vous lui faites comprendre qu'il faut être meilleur que son voisin, sinon c'est lui qui saute! c'est tout simple! Et c'est aussi destructeur que c'est simple.

Vous l'aurez compris, ce livre d'entretien va plus loin que le seul cas de France Télécom. Les deux intervenants partent du constat de l'affaire locale pour le généraliser à un état d'esprit des salariés en France. Ces deux intervenants sont Marin Ledun (un nom connu par ci par là...) qui a travaillé pendant sept ans à la Recherche & Développement de France Télécom, et Brigitte Font Le Bret que vous ne connaissez sûrement pas. Il s'agit d'un médecin psychiatre qui s'est spécialisé dans la souffrance au travail. Elle est une des signatures de référence dans le domaine. Et, à travers ce livre, vous verrez qu'elle sait faire ce que peu de scientifiques savent faire: elle sait très bien vulgariser des termes très techniques. Du coup, vous comprenez tout. Et vous en apprenez énormément.
Lire cet ouvrage devient très sincèrement un acte politique. Il met en lumière de nombreuses tares dans le système actuel de raisonnement qui existe chez beaucoup de dirigeants. Ils infantilisent leurs salariés pour mieux les diriger. C'est grave mais réel! Je peux vous le dire puisque je le vis. Pas au point d'arriver aux extrémités dont on parle aujourd'hui, mais le stress est constant. Et ce n'est pas un stress motivant lorsqu'on vous demande toujours plus.
Si j'ai un conseil à donner, ce serait celui-ci : il faut qu'il y ait un exemplaire de cet ouvrage dans les bibliothèques des entreprises. Les salariés y apprendraient beaucoup de choses, et les patrons aussi! Alors allez sur le site de La Tengo ( http://www.la-tengo.com/), et achetez-en un exemplaire pour vous! Et pour votre CHSCT.

Emmanuel Pierrat - Les Grandes Enigmes de la justice


Dominici, Raddad, Seznec... Ces noms ne vous sont certainement pas inconnus. Ils sont synonymes de mensonges et de contre-vérité. Et pour le juriste que je suis, ces affaires sont symptomatiques d la fierté de la Justice. L'erreur est humaine mais les décisions de la justice sont irrévocables. Ou quasiment. Bienvenue dans les méandres d'une administration kafkaïenne s'il en est.
On commence par l'affaire Seznec. Un notable breton disparaît alors qu'il voyage avec M. Seznec pour un trafique de voiture américaine. C'est l'après-guerre, et les soldats américains ont laissé de matériels, de nombreux trafiques sont alors organisés. Seznec et ce notable en font partie. Le premier est accusé du meurtre du second alors qu'aucun cadavre n'est jamais retrouvé. La machine s'est mise en marche, et elle n'a jamais voulu faire marche arrière.
Les autres affaires sont du même acabit. Un coupable parfait, et les apparences trompent les enquêteurs. Et parfois même, ces enquêteurs fabriquent des preuves pour mieux étayer leurs théories.

Un outil pédagogique pour comprendre le fonctionnement de la machine judiciaire. Voilà comment je décrirai ce roman. Parce que, tout simplement, on comprend le mécanisme dans les erreurs. la Justice est rendue par les hommes, et nul n'est parfait. Mais persévérer dans son erreur est la faute à ne pas commettre. Celle qui a été commise à plusieurs reprises malheureusement.
Seulement, le choses ne sont pas aussi simples. C'est le reproche que je ferais à ce livre, l'auteur va trop vite sur certains points. L'affaire Seznec est expédiée, et certaines affaire ont des développement qui ne sont peut être pas nécessaires. Traiter moins d'affaires et de façon plus approfondi aurait été une très bonne chose. Mais je loue la pédagogie de l'auteur. Il explique à certains moments des procédures très complexes de manière logiques et claires. Aux mêmes éditions, il a publié La Justice pour les Nuls. Je vais y jeter un coup d'œil par curiosité.

Jean-Marc Pitte - Gueule d'ange

Après une petite absence du net, je reviens pour vous parler d'un de mes récents coup de cœur. A la suite, vous pourrez lire une petite interview de l'auteur. Ce roman est l'histoire de Paul
Paul est un jeune garçon normal. Il n'est pas battu. Il n'est pas victime d'abus sexuels ou de sévices corporels de la part de ses parents. A l'école, les résultats sont moyens mais pas non plus irrémédiable. Il fait partie des enfants de chœur et joue au foot. Un enfant normal je vous dis. Seulement, ce jour-là, il a pris le fusil de son père. Il sait s'en servir puisqu'il s'est entraîné en cachette de son paternel.
Et il tire. Une fois, sa mère est morte. Une deuxième fois, puis une troisième. Il finit par son petit frère. Sa famille est morte. Ce pourrait s'arrêter là. On tire le rideau, et on met tout ça sur le dos de bouc émissaire divers. Certes, son malheur a été d'être le second et donc délaissé un peu par la mère. Tous les enfants situé entre l'aîné et le benjamin vous le diront, c'est la pire place. Mais de là à tuer sa famille. Paul est un enfant qui vit en dehors de tout. Il n'est pas sociopathe, il n'est pas schizophrène. Il n'est qu'une gueule d'ange meurtrière.

Jean-Marc Pitte est parti pour une enquête. Il a écrit plusieurs ouvrages d'actualités et est grand reporter pour France 3. Puis, il s'est dit qu'il y avait autre chose à en faire. Il s'est appuyé sur une vérité: Paul a tué sa famille. Puis il a mélangé ses notes et son imaginations pour nous pondre ce roman.
Écrit à la première personne, ce récit nous plonge directement dans la tête de ce jeune homme. Le passé et l'avenir sont mélangés pour nous permettre de comprendre un peu ce qu'il s'est passé. Et le résultat est que l'on comprend rien! Pas parce que le récit est alambiqué. Mais parce que tout simplement, le geste est incompréhensible. Et pourtant, le récit est poignant. On se prend d'affection pour cette personne en marge. Et puis on essaie de l'excuser, et on y arrive. On n'en a pas envie en réalité.
Et c'est le principal coup de force de Jean-Marc Pitte, il nous raconte cette histoire sans tenter de nous apitoyer ou de diaboliser le jeune garçon. Je félicite Jean-Marc. Et La Tengo pour cette prise de risque. C'est pas évident de publier un tel récit voguant entre la réalité et la fiction.

F. Mazzoleni & G. Pétaro - Motown, Soul et Glamour


Motown (ou Motown Records) est une compagnie de disques américaine qui fait partie de Universal Music Group. La Motown a été créée en janvier 1959 par Berry Gordy à Détroit dans le Michigan. Le nom Motown est la contraction de Motor Town ("la ville du moteur"), le surnom de Détroit qui était alors la capitale de la production automobile.

Voici la définition que vous trouverez si vous tapez Motown dans un moteur de recherche quelconque. Première erreur historique: à sa création, ce label n'appartenait à aune major et c'était sa première originalité. La maison disque fonctionnait et avait du succès alors qu'elle était indépendante. La seconde erreur commune est de voir le nom des Jackson Five accolé de façon quasi systématique au nom du label légendaire. Mais il est bon de rappeler une chose: c'est la Motown qui a fait les Jackson 5, pas l'inverse. C'est le génie d'un homme et de son équipe , pas d'un père exigeant. Avant les Five, il y avait de nombreux autres artistes. On peut citer The Supremes (dont faisait partie Diana Ross), Martha and the Vandellas, Smokey Robinson, Gladys Knight, Marvin Gaye, Stevie Wonder, ou encore The Temptations.
Parmi cette liste, un nom doit attirer votre attention. En tout cas, il attirera votre nom après avoir lu ce superbe ouvrage. Ce nom est Smokey Robinson. Un inconnu pour beaucoup, mais un génie de son époque. Un artisan de l'école Motown. Berry Gordy, lui, a créé la structure et les méthodes de travail. ces méthodes? Toute simple, il a appliqué ce qu'il fonctionnait sur les chaines de construction automobile qui ont fait la fortune de Detroit. Chacun a sa place, et le bonheur de la société est la quête de tous. Ainsi, tous les vendredis, tous les membres de la maison ( de la secrétaire à Berry Gordy) écoutait les titres produits et choisis ceux qui devaient être édités. Imaginez la scène: un groupe de personnes décident de ce qui allait devenir des standards. Leur seul critère de jugement? Le plaisir à l'écoute.
La force de cette maison de disque est de parler tant aux blancs qu'aux noirs. Le but n'est pas humaniste mais purement mercantile: si vous plaisez à tout le monde, vous vendez plus. Le résultat, c'est des tubes dont tout le monde a entendu l'air. Et des titres repris par les Beatles, les Rolling Stones ou d'autres en leur temps.

Et tous ces infos, et plein d'autres, vous les découvrirez dans cet ouvrage écrit par Florent Mazzoleni et Gilles Pétaro. Le tout illustré par de superbes photos ou autres images d'époque. Je ne sais pas combien d'années de recherche leur a fallu pour écrire cet ouvrage mais c'est réussi. J'ai été pris de passion pour ces musiciens. Certains que je connaissais, d'autres moins. Et certains même pas du tout. Cet ouvrage est une biographie du label pour ces cinquante ans. Bien sûr, ils parlent des Jackson Five. Et les anecdotes à leur sujet sont intéressantes, et mettent en relief plusieurs événements récents.
Pour finir, achetez cet ouvrage, ce fera en plus un superbe cadeau de Noël. Vous le regreterez pas. Et les personnes qui vont le recevoir en cadeau non plus!

Dominique Missika - Je vous promets de revenir

Léon Blum est un homme que vous ne connaissez peut être pas. Ou juste de nom. Mais vous connaissez très certainement les avancées sociales qu'il a mis en place. Vous voulez que je sois plus clair? Si je vous dis Front populaire? Congés payés? Semaine de 40 heures? Hé oui! Ce qui nous parait élémentaire pour nous, ne l'a pas été pour tout le monde y a à peine 75 ans. Et cet homme a contribué à ce que ces idées soient généralisées et appliquées.

Ici, il n'est pas question de 1936 et des batailles politiques et d'idées sociales. Ici on parle de la Guerre, celle avec un G majuscule. La Seconde pour être plus précis. Léon Blum est député de la région de Narbonne, et il est un homme autant aimé que detesté. Il fuit à Bordeaux pour échapper à la barbarie nazie. Non pas pour fuir mais pour organiser et assurer la continuité de l'Etat français. Il voit la France, et certains français le vient lui. Et l'ont en ligne de mire. Quand Pétain prend les rennes de ce qui reste de la France, Laval et ses amis en profite, et Blum est arrêté. Pourquoi? Parce que ses mesures sociales auraient affaiblies la France. Parmi ses soutiens, il peut particulièrement compter sur une femme. Une femme qui l'aime, et qu'il aime. Ce sont ses idées et le combat qu'elles nécessitent, et la présence cette femme qui l'aide à tenir durant le procès et la détention. C'est à elle qu'il promet de revenir. Elle sera la compagne de son dernier combat.

Ce livre est donc une biographie de cet intellectuel politique français. Il s'attache à un épisode pas très connu. Mais il s'agit d'un épisode des plus intéressant. Et ce parce qu'il démontre la colère et la peur d'un peuple français devant l'inconnu. Dès le début des hostilités, on le donne pour responsable. C'est vrai quoi! Quelle idée de donner des congés aux ouvriers? Ils ont autre chose à faire!
Pour Pétain et consorts, ce procès est surtout l'occasion de légitimer le nouveau régime basé sur le travail et le sacrifice aux idéaux et envies allemands. En condamnant les instigateurs des avancées sociales les plus marquantes et les piliers de l'ancien régime, ils montrent du doigt les prétendus responsable du conflit. Un réflexe enfantin qui donnera à l'ancien président du Conseil une tribune pour s'exprimer. C'était pas prévu! Ils s'en mordent les doigts.

Cette oeuvre se lit bien, comme un roman. Le style est fluide et pas du tout alourdi d'explications fastidieuses sur chaque événement. On en ressort rempli de nouvelles connaissances, et heureux de lire un ouvrage intéressant. Si vous avez l'occasion de le lire, n'hésitez pas. Vous y prendrez beaucoup de plaisir.

PIerre Péan - L'inconnu de l'Elysée

Je reste un peu dans la veine politique des portraits d'hommes politiques. Et si on se demandait qui était vraiment celui qui nous a gouverné durant douze ans. Vous avez toutes les caricatures possibles: le buveur de bière inculte des guignols, l'escroc que s'acharne à nous décrire ses opposants... Et j'en passe et des meilleurs. Prenez un homme avec un minimum de charisme, et vous aurez des reproches et attaques qui suivront très vite. Avec L'inconnu de l'Elysée, il est l'heure d'apprendre qui est véritablement cet homme. Comment est-il passé de vendeur de l'Humanité (journal communiste) à la tête du RPR? Quels sont ses véritables liens avec Nicolas Sarkozy? Avec François Mitterrand dont il a été le premier ministre?...

Toutes ces questions, Pierre Péan (qui a écrit entre autres une enquête très complète sur Jean Moulin, ou sur le journal Le Monde...) y répond dans cet ouvrage. Il est vrai qu'il ne manque pas sur les rayons des libraires de livres sur Jacques Chirac. Et je dois sincèrement avouer que je n'ai été tenté par aucun d'entre eux. Je suis peu friand de ce genre de livre qui attaque gratuitement, ou au contraire qui honore sans discussion un homme. Je préfère les livres où les bons et mauvais côtés sont dessinés en général. Ce qu'il m'a attiré dans celui-ci c'est que Pierre Péan est connu comme étant un éminent journaliste apparenté à gauche, et que ce livre est écrit sous la forme d'entretien avec le président, homme de droite comme chacun sait. J'ai aimé cette confrontation. Et l'auteur explique lui-même pourquoi il a écrit cet ouvrage: pour comprendre qui est cet homme que l'on dénigre aussi facilement.

Autant être franc et placer les balises: Jacques Chirac n'est pas l'homme que je suivrai politiquement les yeux fermés. Ma sympathie pour le personnage était loin d'être gagné. Et pourtant, Pierre Péan a réussi à l'emporter. Avec cette lecture, nous apprenons beaucoup de choses sur Jacques Chirac. Certaines infos dont j'étais loin de me douter. Par exemple, il est connu dans les pays orientaux comme un très grand spécialiste de l'art oriental. Une anecdote est racontée: un jour il a contesté l'estimation d'un poterie contre l'avis du conservateur du musée qu'il visitait. Et il s'est trouvé que c'était Chirac qui avait raison, et non le conservateur.

L'énorme point positif de ce livre est que cet ouvrage n'est pas un livre partisan. Il ne s'agit pas d'un livre écrit sur un homme politique, mais un livre écrit sur un homme public. C'est l'histoire d'un homme devenu président parce qu'il en voulait, parce qu'il a su laisser les trahisons de côtés. Une légère déception tout de même. Pierre Péan évacue un brin trop vite les affaires dans lesquelles Jacques Chirac est concerné. Parce qu'il en existe quand même. Certes il ne s'agit pas du propos du livre mais un peu plus d'éclaircissement dans la même veine que les autres informations récoltées pour l'ouvrage n'aurait pas été de trop.

Je continuerai cette série de chronique avec le livre Je vous promets de revenir, le dernier combat de Léon Blum

Ernesto Guevara - Carnets de voyages


Première précision importante: cet ouvrage n'est pas écrit par le Che mais par Ernesto Guevara. La différence a sa portée. Et je vais vous le démontrer.

Il s'agit ici du journal d'Ernesto Guevara comme je vous l'ai dit. Alors qu'il n'a pas encore fini ses études de médecine, il décide de voyager et de visiter l'Amérique latine en motocyclette, avec son ami Alberto Granado. Écrit de manière simple et sans tournure complexe qui en alourdirait la lecture, ce journal nous invite à voyager avec les protagonistes. Le tournant de l'histoire est la mort de la Poderosa, leur véhicule. A partir de ce moment, ils sont obligés de continuer à pied et de se débrouiller. De ce fait, on visite ce continent en y découvrant ses richesses et son peuple qui souffrait tant en ces temps (Est-ce que ça a bien changé?...) Mais, surtout, à travers les différentes rencontres, nous assistons à la naissance du Che. C'est impressionnant.

Que l'on soit d'accord ou pas avec ses gestes et ses idées, cette transformation est intéressante et utile à lire. On la comprend en même temps que lui. Rien que pour ça, ce livre est à lire. Et surtout, N'y allez pas en pensant que c'est un livre de propagande ou autre: vous auriez tord. Il s'agit seulement de la quête d'un jeune homme qui a du mal à se trouver en ce monde.

A noter qu'un film en a été tiré il y a quelques années. Si vous avez l'occasion de le voir, n'hésitez pas! Il vaut le détour

Daniel Pennac - Chagrin d'école

Dans la cour de récréation de l'école de votre enfant (ou dans la vôtre), chercher le cancre. Vous le trouverez accompagné des autres quand il s'agit de s'amuser. Mais, une fois les choses sérieuses commençant, la solitude leur étreint le coeur. Ce n'est pas moi qui vous le dit. C'est le propose cet essai par Daniel Pennac. Le cancre le plus littéraire de France sûrement.
Il le dit lui-même. il était un cancre. un cancre devenu professeur, puis écrivain reconnu par les lecteurs et ses pairs. Mais un cancre toujours. Parce qu'être un cancre, ce n'est pas un état temporaire mais ce sont des blessures et des souvenirs perpétuels. Daniel Pennac explique notamment à travers ce livre, que trois professeurs lui ont appris à apprendre. Et à aimer ça. Comment? En étant différent, en dehors des méthodes figées. Parce que parfois il suffit de changer de chemin pour arriver au même point. Seul la patience fera le tri parmi les guides.
Alors attention tout de même. Cet essai est avant tout autobiographique. Je veux dire par là qu'il ne s'agit en aucune façon d'un plaidoyer ou d'un manifeste pour ou contre les méthodes de travail actuelles de l'éducation nationale. L'auteur nous parle de lui et de son ressentiment face à cette situation. Sa méthode est très simple mais comme elle s'est toujours révélée être la plus efficace... Il expose les faits et essaie de les analyser.
Deux aspects renforcent la pertinence du propos. dans un premier temps, l'auteur a été des deux côtés de la barrière: élève et professeur. Et le prof n'a pas oublié l'élève qu'il a été. il est vrai que l'on pourrait tomber dans la marmite d'autosatisfaction. mais, ce n'est pas le cas. Pennac ne nous dissimule pas ses faiblesses et ses erreurs. il reconnaît même qu'il a dû lui-même laisser de côté des élèves. Ses propos respirent l'humilité et l'honnêteté.
Le second point positif ets la personnalité même de Daniel Pennac. En effet, le récit est ponctué d'anecdotes et de réflexions emplies d'humour. Si vous avez déjà lu un roman de lui, vous comprendrez ce que je veux dire. Sinon, sachez seulement que vous aurez l'impression d'une discussion avec un ami. Danc un très agréable moment qui nous donne une nouvelle façon de voir les choses.

Daniel Keyes - les 1001 vies de Billy Milligan


Sur le campus de colombus, trois jeunes femmes ont été victimes de viol par un homme inconnu. Même schéma pour chaque agression: enlèvement, viol puis elles ont dûes endosser des nchèques pour leur agresseur. Une enquête est mise sur les rails et le coupable vite débusqué. Il s'agit de Billy Milligan, jeune homme déboussolé qui se dit innocent. Et ce, alors même qu'il n'y a aucun doute vu les preuves accablantes. Fin du polar.

Début du roman... Billy Milligan est innocent, le coupable (enfin la coupable) se nomme est Adranna. une des dix personnalités de Billy. Enfin, une des dix connues. Parce qu'en réalité, il ne possède pas moins de vingt-quatre personnalités distinctes. le syndrome de dédoublement de personnalités poussé à son paroxysme. ce livre nous narre donc la vie de Billy et ses "habitants", comme il les appellent. Et c'est écrit sous la forme d'une biographie. un récit tout aussi poignant qu'intriguant.


L'auteur nous offre un roman dense de 650 pages mais où le lecteur ne s'ennuie pas une seule fois. pas de rebondissement spectaculaires, ou de coup de théâtre surprise. Simplement la vie d'un homme qui a eu peur de la Vie. Peur au point de se créer d'autres personnalités. Je vous laisse bien évidemment découvrir mes différents événements à l'origine de cette dissociation. Je vais me contenter de vous parler de la forme choisie par Daniel Keys.

Le roman est divisé en trois parties. La découverte par Billy (et le lecteur) de son mal, jusqu'à l'apparente fusion des habitants. Puis la vie de Billy racontée par l'être fusionné. enfin l'après fusion où tout le monde se rend compte que l'existence de notre ami n'en est pas simplifiée pour autant. A travers ce découpage, le pari de l'auteur est complexe: retranscrire la vie de cet homme sans tomber dans le pathos, ou à l'inverse l'étude clinique et aseptisé de tout sentiment. Le résultat en est une histoire captivante qui attise notre curiosité. Et cette curiosité est d'autant plus forte lorsqu'on sait qu'il s'agit d'une histoire vrai, et d'un personnage réel. J'ai été bluffé par ce récit et par son intégrité.

Billy Milligan ne passe pas pour une bête de foire ou autre. Au contraire, nous sommes pris par les mots, et nous ne pouvons plus nous en dépêtrer.

Un très très bon roman. Je vais me jeter sur les 1001 guerres.