Affichage des articles dont le libellé est Littérature générale. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Littérature générale. Afficher tous les articles

Lauren Weisberger - Vengeance en Prada

Rappelez-vous!...
Il y a dix ans, nous avons rencontré Andrea Sachs. Une jeune provinciale avec des rêves de journalisme plein la tête qui débarque à la Grosse Pomme. Elle avait décroché le rêve de toute jeune femme? un poste à Runaway, LE journal de mode! Et on connaît tous les suites de cette aventure!
Ici, nous retrouvons Andrea dix ans après sa rupture avec Miranda Priestly. Sa vie a changé. Elle vient de se marier avec le plus beau parti du gotha new-yorkais. Son ex-meilleure ennemie est devenue sa meilleure amie et associée. Elles ont créé ensemble The Plunge, un magazine haut de gamme sur le mariage. Un peu le Runaway, du mariage. Que des articles haut de gamme pour donner des idées à ceux qui peuvent pas se les payer. Un succès sur toute la ligne. Le chiffre d'affaire s'envole d'année en année.
Une vie de rêve donc. On seraittous d'accord là-dessus je pense.
Mais quand certains événements viennent changer la donne, elle se remet en question. Une grossesse pas forcément prévue mais souhaitée amène le plus de bonheur qui manquait. Cependant, lorsque Miranda Priestly commence à s'intéresser au magazine The Plunge, les ennuis commencent. Et je vous promets que ça va décoller.

Avant toute chose, laissez-moi vous préciser une petite chose pour ceux qui ont vu le film et pas lu le livre, Le Diable s'habille en Prada. La fin est totalement différente. Le livre n'a pas la happy-end du film. La rupture est définitive et le Diable reste le Diable. Je vous explique ceci parce que ce second roman reprend avec cette thématique.
On assiste dans une première partie à la vie d'Andrea. On nous la resitue et nous raconte ce qu'elle a vécu durant ces dix ans. Et je dois avouer que j'ai ressenti des longueurs à la lecture de ces 200 premières pages. Les flash-backs sont nombreux et ralentissent l'intrigue. C'est dommage parce que je trouve qu'ils n'amènent pas grand chose au fond. Puis, arrive le Diable en personne, Miranda Priestly, et avec elle une certaine tension qui font démarrer l'histoire enfin. Le petit souci est qu'on est pas loin de la moitié du livre déjà.
en lisant ce livre, on se détend, on rigole et on ne pense à rien. On ne lui demande rien de plus. Et à ce stade, il a rempli son cahier des charges. Mais quand on le compare avec le premier volume, il est un brin en dessous.
Donc une lecture agréable, et si suite il y a, je la lirai avec plaisir. Mais le souvenir ne sera pas impérissable.

Carol Fives - Quand nous serons heureux

Dans la catégorie des romans parfaits pour la lecture estival, je vous présente aujourd'hui celui qui vous fera sourire, pleurer et plein d'autres choses. Mais toujours dans la bonne humeur!

Qui n'a jamais rêvé d'avoir une autre vie? Qui ne s'est jamais demandé ce qu'il se serait passé s'il avait agi comme ci plutôt que comme ça? Et puis, il existe aussi ceux qui se réinvente leur vie de façon à vivre des événements tragiques autrement. De façon plus sereine. Nous avons tous eu nos moments où nous nous disions que ce sera mieux quand nous serons heureux
Bienvenue donc dans cette galerie de portrait où les monstres croisent les fragiles, où les enfants ignorent les parents et les stars se mêlent à leurs fans. La vie s'écoule et se perd dans les récifs de l'inattendu. Par exemple, vous avez cet homme qui est conscient que sa femme ne l'aime que pour l'argent. Puis, vous avez cette caissière qui suit la litanie "Sourire-Bonjour-Au revoir-Merci" au détriment de son bien-être. Finalement, ne sommes-nous pas tous comme cette femme qui vous décrit sa première histoire d'amour alors qu'il est question d'un viol pur et simple? C'est-à-dire des personne se réécrivant leur passé pour se préparer un meilleur avenir.

Carole Fives nous écrit une trentaine de portrait tous plus différents les uns des autres. Vous avez des petits polars, des simples tranches de vies de personnes blessés, ou encore des textes plein d'ironie. Dans tous les cas, vous avez sous les yeux des textes pleins de talents. Elle arrive à chaque fois à vous intéresser à la vie de ces personnes. Elle parvient à vous passionner pour ces gens qui pourraient être vos voisins.
Bon! C'est vrai qu'il faudrait mieux que vous ne croisiez par certains. Comme cette femme qui a trouvé l'homme avec qui les relations sexuelles sont parfaites, sans défauts. Mais il veut la quitter. Je vous laisse deviner la suite. Et je ne suis pas sûr que vous devinerez. Et c'est là le point positif du style de Carol. En quelques pages, elle ne cesse de vous surprendre sur le destin de ces personnages. Et elle arrive à chaque fois à se renouveler. Vous ne vous ennuyez pas un instant. Enfin, il ne s'agit pas seulement de portraits, de nouvelles à la suite. Certains textes répondent à d'autres tandis que vous en avez qui jouent avec vos nerfs en vous persuadant qu'il est à rapprocher d'un précédent. Hé ben non! Puis, vous avez Vernissage qui met en scène tous les personnages croisés en un seul lieu, et Tes nouvelles qui est une mise en abîme de ce que vous venez de lire.
Alors, en à peine plus de 150 pages vous riez, vous pleurez. Vous avez peur, et êtes soulagés en un rien de temps. En 150 pages, vous rencontrez la vie tout simplement.

Sonya Hartnett - Une enfance australienne

Dans la série roman parfait pour la plage, je vous présente le nommé dans la catégorie inclassable.

Adrian est un jeune garçon de neuf ans comme les autres. Enfin presque. C'est un jeune garçon qui a peur: peur des sables mouvants, de la combustion spontanée ou encore des sables mouvants. Après tout, vous ne vous êtes jamais inquiétés de marcher sur un sable mouvant en pleine rue? Pareil pour la combustion spontanée, il n'existe aucun signe avant-coureur. Pffou... vous vous consumez. Avouez que c'est effrayant quand même.
Adrian est surtout un jeune garçon qui a perdu ses parents. Sa mère est absente, il n'en sait pas beaucoup plus. Et ce parce qu'on ne lui dit pas tout. Son père, lui, es parti. On en sait pas où, mais on ne sait pourquoi. Et c'est triste. Alors Adrian est élevé par sa grand-mère et son oncle. Elle, elle se sent trop vieille pour retourner à l'éducation d'un enfant. Lui, il est malade et limite agoraphobe. Parmi tout cela, notre jeune héros se demande ce qu'il fait sur terre. Ce qu'il sait, c'est qu'il ne doit pas être seul. Alors il s'attache à son meilleur ami. Mais il lui préfère un autre. Les journées deviennent longues. Heureusement qu'il y a les nouveau voisins. Bizarre quand même qu'ils soient trois, comme les enfants disparus récemment.
Adrian est solitaire par la force des choses, et seule sa curiosité et son imagination l'occupent.

J'ai découvert Sonya Hartnett avec Finnigan & moi l'année dernière. Et j'avais adoré cette poésie utilisée au profit d'un récit fantastique. Ici, une fois encore, on retrouve cet usage magique des mots. Chaque terme, chaque figure de style est choisie pour que l'ensemble du récit ait une sonorité particulière. Et puis, l'auteur crée des personnages forts. Ils sont tous aux limites du stéréotypes. Cependant, ils ne tombent pas dans le gouffre, ils se contentent de rester au bord de la falaise. par conséquent, ils en sont d'autant plus forts.
Les thèmes déjà découverts dans le premier se retrouvent aussi. L'innocence de l'enfance face à une réalité étonnante et terre-à-terre reste le pivot de l'histoire. On sent que Sonya aime les enfants et souhaitent les protéger. Cette passion nourrit le récit et lui donne un impact sur les lecteurs. Personnellement, j'ai été tout retourné durant toute la lecture. Il m'est même arrivé de le refermer un court instant pour respirer un peu. A la fin du roman, il subsiste cette atmosphère poisseuse qui pèse sur vos épaules. Vous avez du mal à sortir du roman. De toute façon, cet ouvrage vous laissera un souvenir impérissable. Je vous le promets.

Jérémie Guez - Balancé dans les cordes


              Il vient d'être décerné à ce roman le Prix SNCF du Polar 2013. Du coup, j'ai voulu le remettre en avant sur ce blog! Si vous ne l'avez pas encore, lu, c'est le moment. Un pur bonheur de lecture!!!
             Rappelez-vous ce que je vos disais l'année dernière en conclusion de la chronique de Paris, la nuit! Je vous le dis, et vous commencez à me connaître, ce Monsieur Guez est a du talent à revendre. et il ne peut que s'améliorer vu son jeune âge. 
Hé bien, je peux vous dire que je ne me suis pas trompé. Ce second roman confirme les espoirs mis en lui. Il signe un ouvrage qui vous prend une nouvelle fois aux tripes. 

On quitte Paris pour se plonger dans le décor des banlieues de la couronne parisienne. On quitte la Ville pour les tours d'après-guerre où il a été laissé pousser les herbes de le délinquance entre les dalles. "De toutes façons, ce ne sont que des fainéants qui vivent sur la société" nous apprennent certains discours politiques. Ce sont surtout des jeunes qui n'ont que peu d'issues. Parmi celles-ci, certains ont choisi l'économie parallèle qui assure des revenus mais une sécurité précaire; et d'autres on préféré trouvé une activité plus légale comme le sport par exemple. Tony fait partie de ceux-là. Et il a la chance de pouvoir en faire son métier. Il a du talent pour cela et tout le monde le dit. Alors quand son premier match pro est gagné, un espoir éclaire son tunnel et celui de sa mère. Mais tout bascule quand elle est agressée par un homme chez eux. Tony voit rouge, il signe un pacte avec Miguel, un caïd du quartier. 3tu me livre le coupable, et je suis ton obligé." Il pensait que le règle était un prêté pour un rendu, mais il s'est trompé. Rien n'est jamais si simple avec le milieu. Vous y êtes une fois, vous y restez. Et les larmes de sang sont la seule monnaie acceptée ici. Pas de crédit! 
    
     Je me suis pris un uppercut en plein foie avec ce roman. Jérémie monte le niveau encore d'un cran avec ce bouquin. Il nous décrit l'histoire d'une double vengeance qui finit dans le sang. De toute façon, ce qui commence dans le sang finit également dans le sang. Tony est un personnage qui nous émeut. L'auteur réussi à trouver la corde qui fait vibrer le lecteur. On ne tombe pas dans la facilité ou le misérabilisme à deux sous. Nous avons là un personnage épais sur qui repose tout le roman. L'écriture à la première personne donne cette force au roman de plonger le lecteur dans la peau du personnage principal. On y ressent ces espoirs et ses rêves, et puis on redoute ses peurs et ses peines. Il est le reflet d'Abe, le héros de Paris, La nuit. Là où Abe cédait à la facilité pour s'en mordre les doigts, Tony se bat pour que la violence qui l'entoure ne le rattrape pas. Mais ils ont un point commun, ils n'aiment pas subir les choses. Ils aiment les provoquer. Et leur amour de la liberté les amènent à des choix aux résultats amers. Ils ne sont finalement que les deux faces d'une seule médaille: celle de la jeunesse laissée à sa dérive. 
   Je peux vous dire que j'attends impatiemment le dernier volet de ce triptyque. Je suis pressé de voir où il va nous amener. Et ce tant au niveau scénario qu'au niveau style. Parce qu'ici, il est toujours autant sec. Pas de mots inutiles ou de métaphore pour mettre les formes. Ici, on joue seulement avec les mots pour leur donner leur sens premier.
Jérémie Guez sait écrire et manier les mots. Ce sont ses gants, et vois, vous n'avez que vos yeux pour lire. Et je pense sincèrement qu'il vous aura par KO. Mais vous aurez eu un plaisir fou dans cette lecture. Alors, ne le boudez pas, et jetez-vous sur ce roman. 

Patrick Graham - Des fauves et des hommes

L'argent fait le malheur des hommes. De tous temps, il en a été ainsi.

Bien évidemment, il vous permet l'opulence, le luxe et la propriété. Mais qu'est-ce qu'il se passe quand il disparaît? Regardez les infos, vous aurez la réponse. 
Ou alors plongez dans le passé, et vous comprendrez que le pire n'est pas forcément l'argent mais les hommes qui n'apprennent pas les leçons de l'Histoire. Rappelez-vous en 1929, le monde connut la plus grande crise financière de son Histoire. Les premiers touchés furent les Etats-Unis d'Amérique, berceau de krach. Les plus pauvres étaient dans la rue à mourir de faim, exproprié pour dette impayée par les banques toutes puissantes. Les manœuvres frauduleuses ont été nombreuses à cette époque, et les faibles abusés encore plus. Et puis, cette époque fut la naissance, ou du moins l'essor, du Klan et de toutes ces factions qui brutalisaient les gens de couleurs. Les USA vivaient dans un brouillard idéologique fort. L'Argent était roi, et les WASP le contrôlaient.

Vous connaissez maintenant le contexte historique de ce roman de Patrick Graham. On y suit les pérégrinations de deux fugitifs. Ils sont recherchés par plusieurs groupes de personnes, et pas grands monde leur veut du bien. Ce sont Sidney Clifford et Carlson. Le premier est un métayer noir sur la route à la recherche de travail. Il a quitté sa famille, il les a retrouvés morts dans le malheur. Il n'a plus rien à perdre mais avant de s'évaporer sur les routes, il venge sa femme et ses enfants en tuant le banquier qui les a expulsés de force. Mais il n'avait pas prévu que la mafia était derrière ses expulsions et de nombreuses autres. Et l'organisation n'est pas contente qu'on lui a pris des documents compromettants.  
La route est longue pour Sidney, rejoint par Carlson dont la famille a été massacrée à cause de Sidney. Ils fuient, ils ne savent pas trop quoi, ni qui mais ils fuient. Seulement, en cette période sombre, les légendes prennent vite consistance. Partout où ils passent, leurs exploits les dépassent. Ils ne sont pas grand chose, mais ils vont devenir l'Espoir pour ces gens, pour ce pays en pleine désillusion.

Des fauves et des hommes est le quatrième roman de Patrick Graham.
J'avais été très agréablement surpris par son précédent, Retour à Rédemption. Dans celui-ci, on retrouve cette ambiance nord-américaine du début du XXème siècle. Une Amérique jeune, qui cherche encore ses repères et qui se perd dans les paroles de prédicateurs, religieux ou économiques. On plonge ici en plein dans l'après-crise de 1929. Crise dont seule la seconde Guerre Mondiale nous sortira définitivement je vous rappelle.
Avec son écriture sans parti pris et sans fioritures inutiles, il nous relate une atmosphère, un environnement. Il nous  y immerge complètement. Vous voulez vous en faire une idée? Ne lisez que la première partie du roman, c'est en quelque sorte l'introduction allons-nous dire. Vous allez prendre une claque monumentale. Honnêtement, ce sont les pages les mieux écrites que je n'ai lues depuis bien longtemps. Elles vous plongent immédiatement dans une atmosphère poisseuse et désespérée. Et cette sensation ne vous lâche pas un instant jusqu'à la fin du roman.
Du côté personnages, on a des protagonistes ambivalents avec leurs côtés sombres et leurs espoirs. Avec leurs amitiés et leurs inimitiés. On commence avec plusieurs personnages que l'on suit en parallèle. Ils sont tous liés par ce meurtre et ces papiers compromettants pour la mafia, et de nombreuses personnes publiques. Vous avez le meurtrier, la mafia, la journaliste et le flic irascible. Des personnages classiques, mais aucun ne respecte son rôle véritablement. Patrick transcende totalement le rôle de chacun, et redistribue les cartes à chaque tournant. Aucun rôle n'est définitif et personne n'est assurée de voir la fin du roman. C'est la vie tout simplement.

Fabrice Humbert - Avant la chute

Avant toutes choses, je vous souhaite à tous une très bonne année 2013. 2012 est fini, et je veux vous faire partager le dernier de mes coups de coeur de 2012. 
Il s'agit tout simplement de ce roman écrit par Fabrice Humbert, Avant la chute. La chute de qui? De quoi? C'est là la question de ce roman. Je pense qu'il s'agit simplement pour ma part de la chute de l'homme en tant qu'individualité. Tant que le "Moi" surpassera le "Nous", l'Humanité souffrira du manque et du chaos. Mais revenons un peu sur ce roman.

Trois destins nous sont contés. 
Trois chemins différents et contraints. Trois voies qui amènent à la chute inexorable.
La famille Mastillo suit ce qu'on lui dit. Un narco-trafiquant lui conseille fortement de cultiver la coca dans son champs. Il sera bien payé. Elle arrache tout et plante de la coca. Tout se passe bien. Jusqu'au jour où le gouvernement Colombien se réveille et traque les narco-trafiquants. La milice les chasse de leurs terres et confisque leurs biens. La fuite en avant commence.
Au Mexique, nous avons un sénateur omnipotent sur ses terres. Il s'agit de Fernando Urribal. Un policier qui a su s'entourer pour gravir les marches du pouvoirs de plus en plus vite. Trop vite peut-être. Les envieux l'entoure. Le Mexique a changé, il n'est plus ce pays où l'argent américain irriguait l'économie, où les billets verts étaient synonymes de pouvoir absolu. La nouvelle génération veut nettoyer les ruelles et les sommets. Urribal est en danger, et menacé de toutes parts. Tous les savent. Sauf lui.
Et puis, vous avez ce jeune garçon qui essaie de suivre le courant sans se faire déborder. Le jeune français Naadir idolâtre son grand frère aîné autant qu'il exècre son frère cadet. Mais, l'un et l'autre vont se perdre lorsqu'un jeune de la cité meurt dans un accident. La drogue et le besoin d'assainir les territoires vont pousser les pions à déclencher les émeutes. Et si tous y perdaient leurs âmes? Et Naadir?...

Aucuns liens entre ces trois histoires.
Enfin presque. Une chose les lie indéniablement. Une tare... ou une envie d'espoir. La drogue est l'élément déclencheur pour ces trois segments d'événements qui vont changer les choses. L'impact est plus ou moins passif mais le lien existe. Il est là. On tourne autour d'une même problématique, d'une même question. Tout au long du roman, on se demande qui va chuter en premier. Et surtout, on se demande qui va parvenir à se relever. Est-ce que tout est écrit? On peut l'éviter cette chute?
Discrètement, sans l'accoler à des artifices trop voyant, Fabrice Humbert nous prouve avec les deux personnages les plus jeunes que l'on peut toujours retourner les évènements en notre faveur. On ne sait jamais comment tout finit mais il ne faut jamais cesser de vouloir et de se battre pour. L'espoir pullule dans l'ensemble du roman. Peut-être que tout le monde ne l'a pas lu de cette façon, mais j'y ai personnellement vu une ode à la volonté-espérance.
C'est le premier livre que je lis de Fabrice Humbert. J'en ai beaucoup entendu du bien alors j'ai voulu essayer celui-ci. Et il m'a très agréablement étonné. J'ai eu l'impression d'avoir entre les mains un film de Alejandro González Inárritu (21 Grammes, Babel...). C'est un compliment de ma part ;-) Fabrice arrive à écrire trois histoires totalement indépendantes et de relier le tout l'air de rien dans les dernières pages. Pas parce qu'il le faut, mais parce qu'il le veut! Comme le réalisateur sus-cité, il nous raconte des histoires qui, entre les mains d'autres auteurs, ne passionneraient pas forcément. Des histoires normales mais racontées avec talent.
Tout est là. Je vous parle d'un homme talentueux.

Gaston Leroux - Le fantôme de l'opéra

Il existe des romans qui ont imprégnés la culture populaire d'une telle façon que cette même culture les a avalés et intégrés de manière pleine et entière. Le résultat en est souvent que l'on en oublie qu'il s'agit à la base d'un roman. Parmi ces œuvres, on peut citer Fantomas, Belphégor ou encore Le fantôme de l'opéra. Il y en eut tellement d'adaptation de toute sorte, que le roman original est oublié très souvent. Et je peux vous dire qu'une seule chose immédiatement, c'est véritablement dommage. J'ai envie de vous parler de plusieurs romans de cette trempe. Et si on commençait par faire un petit tour à l'opéra?.. 
Bon... Situez-vous dans le contexte historique: au XIXème siècle, il n'y a pas de télévision ou de cinéma. Par conséquent, il faut un divertissement de masse où les gens de la haute société entre autres se croisent et refont le monde. l'Opéra Garnier, bâtiment d'une véritable splendeur dans le Paris de l'époque, était ce lieu de divertissement. Alors lorsqu'un événement particulier que l'on a du mal à expliquer simplement et raisonnable, les imaginations prennent le dessus. Et Gaston Leroux a sauté sur l'occasion lorsque de tels événements sont survenus. Il s'est souvenu de cette légende du fantôme de l'Opéra: cet être qui aurait hanté les couloirs de cet édifice et que personne n'a jamais vu, seulement aperçu.
Il utilise un style particulier pour raconter son récit: le narrateur et l'auteur sont en quelque sorte mêlés en une seule et unique personne. L'avant propos où il explique ses recherches documentaires (réelles ou fictives) renforcent cette impression parce que le récit est raconté sous une forme quelque peu journalistique. L'histoire prend alors une forme particulière, et un intérêt grandissant au fur et à mesure où on apprend à connaître les personnages.

Je me rends compte que je ne vous ai pas même pas parlé de l'intrigue. Tout ce que j'ai envie de vous dire c'est qu'il est question de fantastique, de polar, d'amour, de haine et de suspens. Allez un petit résumé pour vous allécher un peu plus.
Un lustre s'effondre pendant une représentation et un machiniste est retrouvé pendu. Mais un personnage rôde et ceux qui l'ont aperçu affirment avoir vu un visage déformé. Un visage qui n'a rien d'humain, ou peut-être que si. Les directeurs de l'Opéra se voient réclamer 20 000 francs par mois de la part d'un certain "Fantôme de l'Opéra". Il exige aussi que la loge numéro 5 lui soit réservée. A partir de là, les rumeurs les plus folles court. et ne s'arrête pas au raisonnable.
Et une dernière chose, et vous? Le fantôme de l'opéra? Vous l'aimez ou le haïssez?...

Jasper Fforde - La tyrannie de l'arc-en-ciel


Une dystopie?.... On entend ce mot de plus en plus ces derniers temps sur le net. Il s'agit d'un récit de fiction qui décrit une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur et contre l'avènement de laquelle l'auteur entend mettre en garde le lecteur. En général, c'est une société où le tout est pris avant le soi. En tous cas, en apparence... Depuis la publication d'Hunger Games, ce genre (ou sous-genre, à vous de voir) est à la mode. Et plusieurs romans sont sortis sur ce modèle.  

   Ici, il est question d'un roman qui rentre dans cette case mais pour en sortir aussitôt tant il est complexe et dense. Imaginez un peu ce futur de notre monde. Le régime en place est la Chromocratie. Le règne des couleurs. Les Hommes sont séparés par castes déterminées par des couleurs. On a les trois primaires (rouges, bleus et jaunes), les Gris, les Pourpres et les couleurs intermédiaires. La hiérarchie sociale est ainsi bâtie. A partir de là, il existe des règles précises auxquelles il est strictement interdit de déroger. 
Vous n'êtes rien à côté d'une couleur qui vous est supérieure. Vous êtes tout à côté d'une couleur qui vous est inférieure. Aucune demi-mesure n'est possible. Des mariages entre couleurs sont possibles, d'où les couleurs intermédiaires. Et chacun a pour ambition pour sa descendance d'être un Pourpre, et l'horreur qu'elle devienne un Gris. Ainsi a écrit Munsell après le Truc-Qui-S'est-Passé.

Au milieu de tout cela, vous avez Edward Rousseau, un jeune homme rouge qui n'a jamais rien demandé à personne. Peut-être un peu trop audacieux pour les autres. Mais pas bien méchant ni dangereux. Il se retrouve dans les Franges Extérieures avec son père avec la mission d'intérêt général de compter les chaises. Il va rencontrer une fille, qui ne veut pas lui parler et qui ne l'aime pas. Mais elle a un joli nez alors il va essayer de discuter avec elle, et comprendre qui elle est. Elle est une Gris. Et comme bien souvent, les plus basses couches de la société sont au courant de ce que les hautes sphères veulent cacher. Edward va mettre les doigts dans un engrenage qui le dépasse et qu'il ne comprendra pas toujours. Cependant, le résultat sera la Vérité cachée par ceux qui savent. Tout au moins, une partie. 

   Comme je vous le disais en préambule, ce roman dépasse le cadre qu'il s'est donné comme point de départ. Nous avons bien le schéma classique de la dystopie: un évènement mystérieux que l'on veut pas voir se répéter, des règles tyranniques pour le bien de tous et un jeune homme qui apprend la vérité par son guide. Mais les généralités s'arrêtent là. Ce que je pouvais reprocher à d'autres livres du même genre est ici totalement dépassé. En effet, cette tyrannie n'est pas un simple décor qui sert un banal roman initiatique. Non... Le système politique est ici complexe et dévoilé tout au long du roman. Et c'est justement ce qui rend l'entrée dans l'histoire immédiate. On est immergé dans ce monde avec ses particularités dès les premières pages et on en sort pas un instant. 
Il faut juste que vous lâchiez les rênes et que vous vous laissiez porter par les personnages et leur caractère. Edward est un brin naïf et se laisse porter par le courant. Du coup, en tant que lecteur, on le suit aisément. Il fait office d'ancre pour que l'on ne dérive pas complètement. Je tiens vraiment à saluer l'auteur qui a fait un travail de titan avec ce monde encadré et très précis. Et surtout qu'il a réussi à écrire à côté une histoire qui nous donne constamment envie d'en savoir plus. C'est mon gros coup de coeur 2011-2012. 
Faites- moi confiance! Puis vous attendrez la suite comme moi!!! 

Caryl Férey - Nouveau monde Inc.


Cet ouvrage est le deuxième de la collection Pièces à conviction deséditions La Tengo. Il est sorti le 11 mai 2011, après Fractale de Marin Ledun et Le 7 de carreau de Christian Roux. Même s'il n'y a aucune suite entre les ouvrages, ces précisions vous permettent de situer leurs sorties.

Marie savait bien qu'il n'était pas nécessaire de faire ce détour. Ils auraient dû y aller directement à leurs vacances aux sports d'hiver. Au lieu de cela, il a voulu passer saluer ses amis d'enfance. De sombres racistes arriérés. Des gens parfaits quoi! Et puis, maintenant, cet accident de voiture!... Elle ne va jamais y arriver à sa station de ski. Et elle n'a pas vraiment l'impression que cet attaché culturel tchétchène va l'aider à y aller.

Et parce qu'il y a un attaché culturel en Tchétchenie en plus? Et puis c'est quoi tout ce qu'il lui montre? C'est ça le Monde? Mais pourquoi personne ne lui a dit que la Terre était dans cet état?

Caryl Férey est un routard qui a pas mal voyagé et vu pas mal de choses. Et ce vécu se ressent immédiatement à la lecture de cet opuscule. Il nous décrit un monde à l'abandon et dont les ressources sont usées jusqu'à la moelle. Ça vous rappelle quelque chose?
Effectivement, il dessine à gros traits notre société de consommation où seul ce qui rapporte intéresse autrui. En quelque sorte, il nous montre un état entre mort et vie où les masques tombent et la réalité n'est plus que la vérité crue. 
Et puis, on se pose la question de l'état de Marie. Est-elle vivante? Est-elle déjà morte? On n'en sait pas grand chose mais on apprend à l'apprécier avec ses envies et son irrémédiable besoin d'aller aux sports d'hiver. J'ai découvert une nouvelle facette de Caryl Férey que je connaissais pour ses polars. Une facette très appréciable sur le plan de le lecture. 

Madeleine Wickham - Drôle de mariage


Je viens de fêter mes un ans de mariage alors je suis bien placé pour vous dire que votre mariage est un jour dont vous vous rappellerez longtemps. Pour Milly, son mariage s'annonce somptueux. Elle épouse le fils unique d'un milliardaire anglais, Simon Pinnacle. Alors je vous assure que les noces seront de toutes beautés. Tous s'en souviendront. Je peux vous le promettre... 

En tout cas, sa mère se démène pour que ce soit le meilleur moment de sa vie. Le souci est quel'on est pas très sûr que "sa" se réfère vraiment à Milly. Ou pas seulement à elle. En effet, sa mère y voit l'occasion de se montrer et de montrer la réussite sociale de sa fille. A côté de cela, vous trouvez le père qui est dépassé par tout cela et qui se demande si ce mariage est vraiment d'amour. Après tout, c'est vrai que la question peut se poser. Ils sont tellement différents et se connaissent si peu. Simon sait-il que Milly a contracté un premier mariage dix ans auparavant avec un homosexuel américain de façon à ce qu'il puisse rester sur le territoire britannique. Comment le saurait-il? Personne ne le sait.
Mais ce mariage s'est soldé par un divorce...Enfin c'est ça, non?... Milly n'a jamais vérifié mais ce doit être le cas... Hé bien non! Il n'est pas annulé et le mariage de Simon et Milly est dans deux jours. Oups...

Madeleine Wickham est un nom de plume de Sophie Kinsella. Vous la connaissez peut-être, elle l'auteur entre autre de la série de l'accroc du shopping, série de roman très drôle au demeurant et proche de la chik lit
Ici, elle choisit plutôt de croquer les travers de notre société par le biais d'une situation extraordinaire. Elle crée des personnages aux crayons gras de façon à frôler la caricature sans tomber dans le piège. Par conséquent, nous avons des personnages attachants, drôles mais pas assez réalistes pour que les situations deviennent cocasses.
Les péripéties de la pauvre Milly s'enchaînent sans lui laisser le temps de respirer. Au passage, les personnages secondaires en prennent pour leur grade. Bien évidemment, tout se finit bien et les gens changent pour le principal. La littérature n'est pas révolutionnée mais la lecture est agréable. En lisant ce roman, vous vous détendez. Après une dure journée, je peux vous dire que l'effet est immédiat.
Alors entre deux pavés, faites une place à ce roman. 

Alain Levy - Sur les traces de Big Brother


Aujourd'hui, tout est numérique.Je ne vous apprend rien. Vous le savez tous déjà. Quelques exemples?... Vous lisez cet article sur un site internet avec votre ordinateur, voire votre smartphone. Vous êtes connectés, donc repérés et pistés. Vous prenez votre bus le matin. Pas besoin de sortir votre carte, il suffit de la présenter devant la borne: puce RFID qui permet que la borne vous reconnaisse et vous note comme passager. On sait qui vous êtes, où vous êtes. Et sur internet, on sait ce que vous faites.
Et c'est justement sur cette connaissance que compte les sites Facebook, Google ou autre pour gagner de l'argent. Ils vendent vos infos et vos promenades sur le web de façon à de que la publicité soit personnalisé et touche au but. Imaginez le rêve des publicitaires: plus de publicité aléatoire aux heures de grandes écoutes à la télévision, seulement de courts spots moins cher mais ciblés à la perfection. C'est ce à quoi tend aujourd'hui le net. 

Évitons de crier au scandale. C'est ce système qui nous permet de naviguer sur autant de sites gratuits. Prenez Google. Vous croyez que ça ne coûte rien de créer un moteur de recherche aussi performant. Vous n'imaginez pas la taille des serveurs, et de la force de calcul des ordinateurs. Alors, regardez les zéros s'aligner sur la liste de frais de la société Google. Mais comment ils font pour être si riche??? C'est simple, ils se servent des informations qu'ils ont sur vous et qu'ils tiennent de vos recherches pour les vendre aux publicitaires. Ainsi, ils savent que telle personne qui fait telle recherche peut être intéressée par telle publicité. Et ils vous affichent la publicité. 
Rien de plus compliqué. Enfin si un peu quand même, je vous ai simplifié le propos bien sûr. Propos qui est décrit et expliqué dans cet ouvrage. Malgré quelques longueurs et passages complexes à décrypter, on apprend vraiment beaucoup de choses. De plus, la métaphore avec 1984 de George Orwell et son Big Brother est plutôt très bien mené. Elle amène un éclairage intéressant et instructif. Et puis l'auteur n'est autre que le créateur de Weborama, donc il sait de quoi il parle quand il nous explique la publicité sur le net. Il en est un des spécialiste français tout de même.
Sincèrement, n'hésitez pas à jeter un coup d'œil sur ce livre si le monde numérique vous attire, vous apprendrez pas mal de choses.

Lorant Deutsch - Métronome


De Lutèce à Paris. Et plus généralement, de la Gaule à la France. Comment est-on passé par ces étapes? Il existe deux versions, ou en tous cas deux points de vue. Il y a l'Histoire avec le grand H, celle que l'on nous apprend à l'école. Et puis, il y a la petite histoire, celle qui est construite avec les anecdotes et les espoirs d'alors. Les deux nous content les mêmes évènements mais elles ne dirigent pas les projecteurs sur les mêmes acteurs, ou bien les faits. Seule la trame de fond est présente sur les deux tableaux.
Lorant Deutsch nous propose ici un petit tour de l'Histoire de France en passant par les deux fenêtres. Il nous conte le passé à travers vingt-et-une stations de métro. A chaque siècle, son arrêt. On commence par l'île de la Cité, berceau de Paris antique, et on finit par la Défense, berceau du Paris moderne. En fait, le circuit est en quelque sorte une boucle puisque Lutèce est en réalité née auprès de la Seine, mais au niveau de Nanterre. Ce sont les romains, lors de la reconstruction, qui se sont dits que ce serait peut-être mieux et plus sûr d'installer la ville sur cet amas d'îles au beau milieu de la Seine. Et c'est parti pour l'histoire d'une ville qui n'a cessée de croître à travers les ans. Une ville dont le destin a suivi celui de la France, et l'a même parfois initié.

 Si vous aimez Lorant Deutsch et sa verve, vous serez conquis par ce livre. Il nous conte les événements passés en mélangeant les deux histoires dont je vous parlais. Du coup, on est pris dans le cours du récit. Une petite faiblesse: il est passionné par Paris et l'Histoire, et cette passion le perd de temps en temps. Je veux dire par là qu'il entre parfois un peu trop dans le descriptif de rue ou autres vestiges d'époques lointaines. Si vous ne connaissez pas Paris, ces passages peuvent paraître longuets. Sinon, il peut être très intéressant de prendre le livre pour aller vous promener dans Paris en lisant les indications de l'auteur. 
Vous apprendrez plein de choses sur Paris et son passé. Pourquoi Paris d'abord? A-t-elle toujours été la capitale de France? Et puis quand la France est-elle devenue France et plus Gaule? Ce livre est vraiment passionnant. Lorant Deutsch est un super conteur qui sait captiver son auditoire. A lire ou bien même seulement à feuilleter.

Valerie Tordjman - Le jour d'avant


Des traumatismes, le vingtième siècle en a compté un certain nombre. Parmi ceux-là, il y a un diptyque que nous ne sommes pas prêt d'oublier: les explosions atomiques. Elles sont ancrées dans nos mémoires, même pour les générations nées après. Comme la mienne. Massacre collectif d'innocence par excellence. Il y eut un jour d'avant. Et il y a un jour d'après. 
Hiroshi Mori, lui, veut présenter un hommage à ce jour d'avant. A ce temps où l'Humanité était innocente des ravages des atomes. Pour ce faire, il présente un exposition nommée Little Boy. Nom du premier engin nucléaire. Elle retrace les aventures de Captain Guilty et Dr Shrink. Le Capitaine Coupable est le pilote du B-29 chargé des relevés météo au dessus d'HIroshima. Relevés qui ont données le feu vert pour le largage de la bombe. Son partenaire n'est autre que le philosophe allemand Claude Eatherly, un anti-nucléaire convaincu. Le mangaka a créé une fiction avec ces personnages pour que ses contemporains ne se sentent plus coupable de la bombe. Les victimes sont devenus les bourreaux de leur propre conscience. 
Et que vient faire pendant ce temps le photographe Enguerrand? Il a réussi à s'échappper de son éditeur pour venir sur le lieu du commencement de tout. Les destins se croisent sans jamais se rencontrer.

Bienvenue dans notre conscience collective.
Hiroshima et Nagasaki. On parle de ces villes comme le théâtre du cataclysme nucléaire. Elles sont en nous pour cela. Mais elles sont autre chose. Elles ont un autre sens
 Avant le champignon, elles avaient leurs existences et leurs vies Aujourd'hui, elles n'ont plus que leurs morts Mais, l'auteur nous pose la question piège: avez-vous déjà pensé à ces événements non pas comme des dates historiques mais comme des tranches de vies Je vous promets que vous voyez alors les choses autrement. Le jour d'avant, c'est ça. C'est le jour où tout existait. Où les rires fusaient, et les pleures coulaient. Et puis, pfff... C'est la fin de la normalité et on rentre dans l'Histoire. Valérie Tordjmann, tout comme dans Médor & Diégo, fait preuve de finesse dans le traitement de ses personnages. Aucune vision linéaire, ni de ligne écrite. On navigue d'un point de vue à un autre. On navigue d'une réalité à une autre. Et on retombe finalement sur nos pattes, et sur la vérité de l'existence normale.

Franz Kafka - Le Terrier

  
   Il y a un mois de cela, j'ai publié ma dernière chronique. Et depuis, j'ai fait silence radio. Il y a plusieurs raisons à cela, mais je dois avouer que le manque de temps est la premières de toutes. Pourtant, je vous jure que j'ai de très bon ouvrages à vous parler. Parmi eux, il y a cette nouvelle. Ce récit je devrais plutôt dire... En effet, il s'agit d'un écrit inachevé de Kafka. Peut-être le dernier écrit de sa main
"Je suis seul dans mes tunnels. C'est ma volonté. Pourquoi j'inviterais quelqu'un? Il m'en chasserait et garderait mon Œuvre pour lui seul. ha ça non! Je suis celui qui a créé ce terrier. Alors que c'était un simple trou, mes pattes en ont fait un havre de paix pour un être comme moi. Attention hein! J'ai multiplié les cul-de-sac et les fausses pistes. Si vous vous aventurez par ici, vous perdrez assurément. alors, pas la peine de me poursuivre.
C'est vrai que parfois, j'aimerai ne plus être seul et profiter de mon terrier. mais il faut que je l'agrandisse toujours plus. Il faut que je le sécurise toujours plus. C'est un travail de tous les instants. Je n'ai pas une minute à moi... Mais c'est quoi ce bruit au dessus de moi? Quelque chose aurait trouvé une faille?..."

Je suis amoureux! Et ce depuis plusieurs année.
Je suis totalement amoureux de Fanz Kafka. Je l'ai découvert avec La métamorphose. Un pur chef d'oeuvre à travers lequel l'auteur dépeint  la peur humaine de l'inconnu, et de l'autre. Il partait d'un postulat aberrant pour nous donner des leçons. Le Terrier est dans la même veine (comme Joséphine la cantatrice ou le peuple des souriségalement par exemple). Ici, il est question d'un sentiment humain qui existe depuis toujours. Un sentiment qui a été poussé à son paroxysme à notre époque (le récit date de 1923 quand même). Ce simple sentiment est la propriété et la paranoïa qui en découle.
En effet, notre héros, un animal apparemment..., a créé son tunnel et son terrier. Et il veut les défendre à tout prix. Sa paranoïa reste très théorique dans un premier temps. Mais très vite, il entend des petits bruits. Comme des pas dans un autre tunnel. La peur de perdre sa création devient un sentiment qui ne le lâche pas une seconde jusqu'à la fin. Quand je dis 'fin', je m'avance un peu puisqu'il s'agit d'un roman inachevé. mais, comme d'habitude avec Kafka, il se suffit en lui-même.
Si vous voulez vous initier au style Kafka, n'hésitez pas à vous jeter sur cet ouvrage. Et si vous aimez, allez vers son Procès ou ses autres récits courts.

Warren Ellis - Artères souterraines

Finies les vacances. Mon mariage est enfin passé et réussi. Par conséquent, les chroniques seront dès maintenant plus régulières. Le lundi et le jeudi. Et je commence par un coup de cœur alternatif.

Michaël McGill est détective privé. Issu de l'école de la prestigieuse agence Pinkerton, il est venu sur New-York avec l'espoir d'ouvrir sa propre agence. De vivre ses propres aventures. Mais la malchance le poursuit, et elle a commencé le jour-même de son installation: la plage a été mal orthographiée et mal placée. Mais ce n'était que le début. Alors qu'il rumine son amertume, il observe un drôle de manège: plusieurs Men in Black se postent devant chez lui. Pas le temps de s'enfuir, la porte s'ouvre. Un vieil homme (le chef du cabinet des États-Unis tout de même) lui propose simplement de retrouver la véritable constitution des États-Unis d'Amérique. Elle écrite en encre alien, et elle a le pouvoir de captiver le quidam qui al lit, ou en écoute la lecture. Rien de bien transgressif, que du puritain.
Michaël n'a pas vraiment le choix vu l'offre qu'on lui fait. Il accepte. Il va entamer un voyage au sein de la contre-culture américaine. Le grotesque réel va s'introduire dans sa vie et ne plus le lâcher. Il croise une acolyte qui lui servira de guide. Les aventures de notre dynamique duo serait empli d'embûches, de rigolades et de découvertes.

Certains connaissent peut-être Warren Ellis comme étant scénariste de comics. Son chef d'œuvre Transmetropolitan est un exemple d'humour noir et de discours éclairé. Ici, il reprend cet axe. Les phases d'humour noir sont les meilleurs instants de réflexion du roman. Sous le vernis du burlesque, Warren Ellis nous esquisse un portrait des Etats-Unis avec le décalage propre à ce pays: un dessus puritain cache une envie de sortir des règles pour mieux les explorer.
Et, avec ce roman, son premier tout de même, il nous impressionne par sa maîtrise du récit. Bien évidemment, on le savait par ses BD mais la narration romanesque est un exercice différent. Et certains s'y sont cassé les dents (dans un sens où l'autre). Mais, comme son compatriote Neil Gaiman, il amène les codes propres au comics et les applique au roman. Du coup, on a un style très particulier qui parle au plus grand nombre. Dans l'aspect purement stylistique, ces deux auteurs sont proches. Après, Neil Gaiman explore la fantasmagorie tandis qu'Ellis lui préfère le réel fantasmé.
Très sincèrement, laissez-vous tenter par ce roman. Il attisera votre curiosité, et vous divertira. Que demander de plus?

Paulo Coelho - Manuel du guerrier de la Lumière


Un guerrier de la lumière peut être vous, moi ou encore n'importe lequel d'entre nous. Il est l'homme qui sait vivre pour les autres sans s'oublier au passage. Il est celui qui sait attendre sans oublier son objectif à travers le dédale du temps. L'auteur nous l'explique:
-Qu'est-ce qu'un guerrier de la lumière ?
- Tu le sais. C'est celui qui est capable de comprendre le miracle de la vie, de lutter jusqu'au bout pour ce en quoi il croit, et - alors - d'entendre les cloches que la mer fait retentir dans ses profondeurs.

Si vous voulez atteindre ce but, si vous voulez toucher cet idéal, savourez ce manuel. En quelques pages, il vous peint le plus court chemin vers votre prochain statut de guerrier de la lumière. Personnellement, je n'en serais pas un vu que je ne me suis pas senti très attiré par cette philosophie de vie. Elle est pleine de bon sens mais justement trop. Je m'explique. Ce livre est une succession de textes nous décrivant l'état d'esprit des guerriers de la lumière. Et il faut que je vous avoue que cette succession m'a vite lasser. Je n'y ai pas trouvé de fil directeur, si ce n'est la philosophie de Paulo Coelho. Et autant le dire tout de suite, la philosophie de la vie parfaite ne m'a jamais attiré. On sait tous ce qu'il faudrait faire pour arriver à vivre avec les autres. Alors est-il bien nécessaire de nous répéter tout ça sous cette forme un peu lourde?
Je ne pense pas. Je ne méprise pas cette philosophie, et cet auteur par extension. Mais, pour moi, cette forme est indigeste. Je préfère encore lire un ouvrage de Machiavel par exemple, où le propos est moins manichéen. Un dernière citation du livre que je trouve très emblématique de mon propos. Chacun y comprendra ce qu'il veut.
Le guerrier de la lumière croit. Parce qu'il croit aux miracles, les miracles commencent à se produire.

Antoine Laurain - Carrefour des nostalgies

François Heurtevent est maire d'une petite ville française comme il en existe beaucoup. Ce soir, c'est la fête. Le champagne va être sabré pour sa victoire aux élections municipales. Tout est prêt...Les résultats tombent... Il est battu à deux cents vingt deux voix seulement. Mais ça suffit pour perdre la commune. Après la députation, il perd la municipalité. Qu'est-ce qu'il va faire maintenant. A part de la politique, il n'a jamais rien fait. Les journées deviennent longues.
Il se souvient alors de ses premières années auprès d'André Dercours, dit "Derk", qui lui a tout appris. Son esprit vagabonde au grès de ses envies. Sa femme s'inquiète, elle ne l'a jamais vu comme ça. Dépressif et nauséeux. Puis, on finit par lui livrer les cartons de la mairie. Ses anciennes affaires lui sont revenues. En jouant à l'enfant, il fait tout chuter. Un véritable capharnaüm s'installe alors dans son bureau. Une photographie sort de cet amas, elle fait de l'œil à François. C'est la photo de classe du cours Levert. Il décide alors de faire la chasse aux anciens élèves. Il veut savoir ce qu'ils sont devenus.

Ah!... Le nouveau roman d'Antoine Laurain. Je l'attendais par curiosité, et par plaisir aussi bien sûr! Le premier que j'ai lu de cet auteur est Fume et Tue, publié en 2008. L'histoire d'un homme qui chute dans un logique déraisonnable. Dans la même thématique, l'auteur a écrit en 2007 Ailleurs si j'y suis. Je vous les conseille tous les deux. Des portraits d'homme qui cesse de lutter contre le courant, et qui se retrouve paradoxalement à contre-courant.
Ici, il s'agit d'un homme qui a perdu une de ses raisons de vivre. Il a toujours été maire, puis député. Il perd les deux. Alors, il se plonge dans le passé comme si son avenir en dépendait. En étant à la recherche du devenir de ses anciens camarades, il va tomber nez à nez avec ses origines. Et puis il trouvera une solutions à ses problèmes. Antoine Laurain a perfectionné son style et nous éblouit. Pas un temps mort, on enchaîne les rencontres et les portraits. Et on pourtant, on ne s'ennuie pas un instant. On découvre au fil des pages la réflexion de François. Et on ne peut s'empêcher de se poser souvent les mêmes questions.

Andrea H. Japp - Enfin un long voyage paisible

Yo vit en Indochine. Sa vie ne compte que de par sa proximité de Tania. Elle est son ombre, et en est heureuse. Cependant, Tania est décédée. Yo raconte alors leur histoire, celle de Tania. Et ensuite...
Marion a la trentaine. Elle vit, mais reproduit le schéma de Colette, sa mère. Cette dernière est gravement malade. Une maladie de dégénérescence nerveuse. Elle va mourir. Marion, les médecins et tous en sont convaincus. Que va devenir cette femme qui ne vit que parce qu'elle est la fille de sa mère ? Quelle vie vivre une fois seule? Quels choix faire ?...

Les destins de ces deux femmes se ressemblent tant qu'ils s'en trouvent opposés. L'une ne connaît que la France tandis que l'autre a tout vu à travers le monde, a tout visité. L'une a aimé, et l'autre a été aimée. Et pourtant, elles ne vivent pas toutes deux. Elles sont l'ombre d'une autre. Elles se sont rendus compte qu'il n'existait qu'une seule option: Vivre son rêve, ou rêver sa vie. Le choix a l'air simple. Et pourtant...

Andréa H. Japp est essentiellement connu pour ses polars ( et ses traductions de Patricia Cornwell). Pourtant, avec ce roman, elle a exprimé son envie de douceur, et moins de crime et sang. Elle a alors écrit ce roman où il est question de femme et d'envie de l'autre. Quand l'amour rejoint le besoin de modèle. Elle nous transporte dans la vie de ses deux protagonistes, et on ne veut plus les quitter. Le rêve est à portée de main. La déception encore plus peut être.
L'écriture de Japp est douce et gaie. Les mots coulent par un débit agréable. On lit sans s'en rendre compte. Un pur délice. De plus, le final est surprenant, et nous rend triste de devoir fermer le livre.
Un coup de cœur tant littéraire qu'humain.

Chris Bohjalian - Dans l'angle mort

Alors qu'elle est étudiante, Laurel aime les ballades en vélo. Elle roule et se détend ainsi. Sauf ce jour.Elle se fait agresser par deux hommes. Ils la traitent comme un objet, comme un trou à remplir. Elle en est choquée, et n'aime plus du tout les ballades en vélo. Ces quelques instants vont changer sa vie.
Des années plus tard, elle travaille dans un refuge pour la réinsertion des SDF, l'ABRI. Elle est reconnue dans sa profession. Sa supérieure lui propose de s'occuper des dernières affaires d'un de leur ancien pensionnaire. Il était photographe et ne voulait surtout pas être séparé de ses précieuses photos. Elles étaient pour lui tout. Et elles vont devenir pour Laurel les preuves d'une vie passée. Et les prémices de sa vie future.
Elle y voit parmi d'autres images une jeune femme en vélo peu de temps avant son agression. Sa vie passée va rattraper Laurel. Et le choc va être rude.

L'annonce est alléchante. Et le lecteur a envie d'aller au delà. Une histoire où le passé maudit empiète sur le présent rêvé.Une histoire où les larmes et les rires se mêlent. Et vous avez tout ça dans ce roman. Mais vous l'avez avec des lenteurs qui sont longues, voire très longues. Les événements prennent le temps d'arriver, beaucoup trop. Et c'est dommage, le rythme est totalement cassé. Un roman qui pourrait être passionnant s'en retrouve ennuyeux. Et le coup de théâtre ne sauve ps tout malheureusement.
Je ne critique en rien le style de l'auteur. Il est très bon et m'a donné envie d'en lire plus de lui. Mais il veut tellement en raconter, et nous immerger dans les impressions de son personnage principal qu'il nous perd. Il nous lasse. Je ne regrette en rien la lecture, mais des passages entiers ont sauté. A lire si vous n'avez rien d'autre sous la main. ou si vous êtes patient.


Valérie Tordjman - Médor & Diego

Lorsqu'on m'a offert ce livre, je me suis dit "Qu'est-ce que c'est que ce truc encore?" Puis, j'ai vu que c'était les éditions Le Passage (qui publie entre autres Franck Thilliez) et je sais qu'ils font parfois dans le non conventionnel. Mais qu'il s'agit en général d'une bonne surprise! Vu qu'il est peu épais (150 pages!) je pensais le finir rapidement. Première page: une petite vieille qui vit mal un deuil. J'ai du mal à accrocher. Mais j'ai persisté. Et je ne le regrette pas! Bienvenue chez les OVNIS Littéraires!

Alors l'histoire?
Pas simple à résumer en fait. Il est question en réalité du deuil de deux personnages différents mais complémentaires. Diego et Médor sont morts à quelques années d'intervalle. Et le temps de la narration se situe après le second décès. Diego est un jeune homme dont le seul problème par rapport à certains est d'être homosexuel et de bien le vivre. Médor est un chihuahua bleu.
Gertrude Boulanger, la protagoniste de la première partie du roman (à la 3ème personne), est une vieille femme veuve qui attache beaucoup d'importance à la différence! Ce qui est différent est gênant. C'est comme ça. Ce n'est pas naturel. Elle accepte toutefois de faire quelques tâches ménagères chez Diego bien qu'elle comprenne son homosexualité. Elle apprend à vivre avec eux, et avec le chien qu'elle choisit avec Diego. Elle en a la garde alternée avec le compagnon de ce dernier. Elle reporte l'affection qu'elle avait pour le maître sur le chien. Elle aime le chien d'une façon irrationnelle, et dérangeante. Elle devient à son tour différente.
Le compagnon de Diego vit très mal son décès. Il reporte lui aussi son affection sur le chihuahua (d'une façon moins expressive toutefois). Alors au décès de ce dernier, tout le chagrin apparaît. Il se détruit à petit feu, et veut renoncer à vivre. A se battre pour vivre.
Ce récit est un hymne à la différence et à l'acceptation de celle-ci. Pas de message moralisateur. Juste un avis et des portraits forts de personnages en marge et différents. Une véritable poésie se dégage des mots et de l'ensemble du texte. Une vulgarité et des propos crus maîtrisés. Ce qui fait qu'on ne tombe à aucun moment dans l'excès. Tout au contraire, on comprend les personnages et leur mal-être.
On s'attache à eux et aux disparus qui hantent tout le roman. Un véritable coup de force qui impressionne et force le respect.