Arvid Nelson & Eric Johnson - Rex Mundi

"Rex Mundi est une histoire en forme de quête du Saint Graal menée à travers une enquête policière, avec pour décor une Europe "alternative" du XXe siècle en 1933 à Paris. Dans cette version de notre monde, la magie est un phénomène réel et la séparation des pouvoirs n'a pas eu lieu, l'Eglise conserve tout son poids dans la vie politique française." Voilà la présentation que fait son éditeur français de ce comic. Qu'en est-il vraiment?
Imaginez une Europe où les royaumes d'avant la révolution française sont toujours existant. Un monde où la guerre de sécession aux USA a eu comme conséquence de séparer ce pays en deux entités indépendantes. Une Europe où la Reconquistad espagnole n'a pas eu lieu, où l'Italie est toujours fractionnée en républiques indépendantes. Un monde où l'Inquisition est toute puissante et agit comme une police politique au même titre que la CIA ou le KGB en leur temps.
C'est dans ce contexte que cette histoire se déroule. On assiste à une enquête policière dans cette France où la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat n'a pas eu lieu. Ni la première guerre mondiale. La situation géopolitique est totalement différente dans cette France. Un jeune médecin, peu apprécié par sa corporation de par son aide parfois gratuite aux pauvres et aux juifs, recherche pour un ami moine un manuscrit très vieux et très important. Un petit problème se pose: toutes les personnes qui semblent avoir eu vent de ce manuscrit et du moine sont assassinées par un étrange homme. Cet homme qui n'a agit que sous les ordres d'un autre inconnu.

Le scénariste nous balade dans son monde alternatif au gré des rencontres avec des personnages secondaires, voire tertiaires, qui nous renseignent sur la situation politique, économique et sociale de ce nouvel ordre mondial. Des planches entières sont consacrées à des discussions qui paraissent ne pas se rattacher à l'intrigue principale. Est-ce vraiment le cas?... Des dessins sombres mais magnifiques illustrent à merveille cette enquête empreinte de politique et mysticisme. Le style réaliste nous plonge dans l'histoire sans attente. Je vous conseille ce bouquin.
A noter qu'il ne s'agit ici que du premier tome. On veut la suite au plus vite... Sauf qu'entretemps, l'éditeur français a coulé. Et personne ne semble vouloir depuis (quelques années déjà...). C'est dommage parce que le thème était original. Et d'après ce que j'ai pu lire, la suite et la fin sont du même acabit.

Pierre Mikaïloff - Tournée d'Adieu


Estelle enquête sur un affaire politique assez complexe. Mais aujourd'hui, elle a sous les yeux la preuve de ce qu'elle avance. Une preuve flagrante. D'autres yeux rodent et voient la même chose. Ces yeux, eux, cherchent à se faire bien voir de l'homme politique en question. Et puis un accident est vite arrivé. Mona, elle, elle l'attend pour fêter le nouveau Beaujolais. La soirée passe, et les verres se vident. Le lendemain, elle apprend dans le journal la mort de son amie. Une sensation d'acte manqué la traverse. Elle commence alors son enquête. Elle a carte blanche par son rédacteur en chef.
L'enquête avance et un nom clignote. Ce nom est Favreaux. Il s'agit d'un ex-député corrompu. Enfin ex se rapporte à député, pas à corrompu bien sûr. Pour quelques euros, il est capable de beaucoup de choses. Par exemple, tuer ou organiser un meurtre ne veut pas dire grand chose pour lui. Et notre petite Mona va l'apprendre à ses dépens. L'un des arrondissements les plus riches de la capitale est aujourd'hui un des plus sanglants.

Un nouveau roman de la pretty journaliste Mona Cabriole. Peut-être le premier sorti en fait. Et une nouvelle vision du personnage et de ses aventures. Ici, l'intrigue m'a fait penser à un Maigret du moins au début. Je veux dire par là que l'on a affaire à une intrigue policière classique d'hommes politiques véreux avec des hommes de mains plus bêtes que ses pieds. Toutefois, n'allez pas penser que la série Cabriole y perd quelque chose. L'univers y est toujours très musicale. Notre héroïne gagne ici une personnalité pétillante et entraînante.
Le petit plus que Pierre Mikaïloff apporte ici est de l'humour. Des répliques, des personnages réalistes et un peu abrutis saupoudrés d'action et de suspens, et vous avez un roman agréable à lire. J'ai eu l'impression de regarder un épisode de ces bonne vieilles séries américaines.


Gabriel G. Marquez - Journal d'un enlèvement


Début de la décennie 90. La Colombie est en proie à une guerre qui semble sans fin, sur plusieurs fronts différents. D'un côté, les trafiquants de drogue qui paraissent intouchables et de l'autre des factions révolutionnaires armées.

Dans cette atmosphère belliqueuse, le Cartel de Medellin enlève et séquestre huit journalistes. Une course contre la montre commence pour le Gouvernement et les familles. La tête de ce Cartel est Pablo Escobar et il ne paraît pas avoir la volonté de les libérer gracieusement. Il demande des retraits de loi, dénonce la brutalité policière et refuse d'être extradé aux Etats-Unis d'Amérique. En effet, là est l'enjeu de cette guerre. Le gouvernement Colombien a passé une loi qui leur permet d'extrader les trafiquants de drogue aux États-Unis où ils seront punis par la peine maximale.

Ce livre nous raconte donc la vie des ces journalistes durant leur période de séquestration. Ils sont séparés en plusieurs petits groupes. La vie en groupe ainsi rendue obligatoire n'est pas simple. Chaque famille d'otage fait ce qu'elle peut pour que survive et soit libéré les otages. En même temps, on remarque que la Colombie est véritablement en état de siège. Les narcotrafiquants sont devenus des terroristes qui demandent l'amnistie tandis que les guérillas se sont calmées parce que les meneurs sont devenus politiciens.
Grâce à ce livre, nous vivons la pression des otages et des familles. Nous comprenons avec notre recul les rouages des différents camps. C'en est très intéressant. Ce livre est à dévorer en n'oubliant pas que la situation de la Colombie a peu évolué.

Corinne Guitteaud - Les chevaliers trinitaires

Le temps est maussade. Pluie et froid sont de la partie. Alors du coup, je cherche un livre pour m'accompagner durant cette journée. Un truc agréable à lire qui me fait passer le temps. Je regarde ma bibliothèque en rangeant Angoisses que je viens de lire. Et , au passage, je viendrai vous en parler très vite. Mais, là, je me dois de parler de ce roman de science-fiction qui m'a accompagné alors que tout le monde dormait chez moi.
Les chevaliers Trinitaires est l'histoire de l'Homme. Il est dans sa nature de toujours en vouloir plus. Donnez-lui les terres, et il voudra conquérir les mers. Donnez les lui, et il s'intéressera aux étoiles. Et là, il les voudra pour lui. Sans aucun partage. La suite sera alors guerres, batailles et morts. Il y aura des héros et des martyrs. Des alliances et des trahisons. Et même lorsqu'on aura l'impression que ce sont les bonnes personnes les vainqueurs, les choses risquent de changer au moment de la passation de pouvoir. Les héritiers ne sont pas forcément de la même trempe. Et justement, c'est là que se déroule notre roman.
La Grande Guerre a eu lieu. Les chevaliers trinitaires ont été créé de façon à protéger le nouvel équilibre ainsi créer. Cependant, l'homme est ce qu'il est. Et les idéaux restent des idées vagues qui parfois sonnent creux. Les chevaliers ont le pouvoir, et veulent le créer. Des distordes commencent à apparaître. Et une mystérieuse race alien décide alors qu'il est temps pour la confrontation. Un Champion et un Adversaire sont choisis au sein de la race humaine. Le destin est entre leurs mains, et la survie e l'Humanité entre les mains du Champion. Mais on sait une chose, l'Adversaire est le vainqueur. Comment? Pourquoi? C'est la réponse que nous amène ce roman. Prêt pour une plongée dans le passé?...
L'originalité de ce roman est principalement la méthode choisie pour la narration. Que l'histoire se construise sous forme de flashbacks n'est pas des plus originales. Mais que cette douzaine de flashbacks soient racontées par tout autant de narrateurs différents, là y a quelque chose! Mais ce quelque chose pourrait perdre le lecteur puisque toutes les narrations sont à la première personne. C'est un risque que Corinne Guitteaud prend, et qu'elle réussit. Par conséquent, l'histoire n'est pas linéaire mais les trous sont comblés à chaque fois par le récit sans que cela paraisse redondant.
Après la fantasy, la science fiction est le dernier rempart à tomber. En effet, je répétai souvent que j'étais hermétique à ces deux genres. Mais en fait, je n'étais pas tombé sur les bons auteurs. Avec ce roman, j'étais en pleine SF. Et j'ai pris un plaisir fou!

Antoine Laurain - Fume et tue


2007, une loi est passée. Liberticide pour certain, hymne à cette même liberté pour d'autres, elle a créé de nombreuses réactions. Ce texte législatif interdit à tous de fumer dans les lieux publics et dans les locaux professionnels. Depuis lors, on a vu fleurir sur les trottoirs de nombreux fumeurs pendant leur pause de travail. Il en est de même pratiquement partout. Pratiquement... Au cabinet de chasseurs de tête HBC, la loi est passée sous silence jusqu'à ce jour où une intérimaire débarque aux cuisines et donne à ses collègues l'idée de faire respecter cette prohibition. La graine germe, et la loi est respectée partout même dans les bureaux. Fabrice Valantine, fumeur invétéré est poursuivi gentiment par les non-fumeurs que sont son épouse et les amis de celle-ci! Alors il va voir un hypnotiseur pour arrêter. Et le traitement fonctionne. Et encore mieux que prévu. En effet, le fondateur du cabinet prend sa retraite, et le poste lui est promis... oralement. Les paroles s'envolent et les écrits restent. Mais il n'y a pas d'écrit et le fondateur décède. Un autre est choisi. Après tout ça, une bonne cigarette tend les bras à Fabrice. Sauf que lorsqu'il l'allume, il remarque qu'il n'a plus aucun plaisir à fumer. Rien ne se passe. Puis un accident, il se défend et tue son agresseur. Geste machinal, il allume une cigarette. Le plaisir revient à ce moment là. Alors bon... s'il faut tuer...

On tombe dans l'humour noir le mieux bâti. Du cynisme en veux-tu, en voilà! Très fin et très bien amené, le sujet intéresse chacun en son fondement propre: et si on nous retirait une source égoïste de plaisir. Nous avons tous une de ces sources. Personnellement, je me suis retrouvé à me poser la question. Et si on me retirait ce plaisir que j'ai lorsque je lis? On en vient à comprendre les fumeurs. Mais pas seulement, il s'agit d'un superbe exercice de style. Antoine Laurain nous écrit cette histoire en nous montrant du doigt les meurtres avant même qu'ils arrivent. Pas sanglant, pas d'armes à feu, juste une ingéniosité et un humour noir rafraîchissant. Le résultat est une agréable surprise de plus des éditions Le Passage. La lecture de ce livre est un pur plaisir.
Pas un polar, pas une comédie. Ce roman est inclassable. Il ouvre la littérature à sa plus simple expression: la lecture et le plaisir de lire. Il mélange les genres sans s'en réclamer d'un en particulier. De ce fait, le plaisir est grand dans la lecture. Le personnage de Fabrice Valantine est cynique et très drôle dans sa façon de voir les choses. On se prend d'affection pour ce pauvre petit fumeur à qui l'on retire le seul plaisir. C'est vrai quoi?... Ils peuvent pas le laisser fumer tranquille, il ne faisait de mal qu'à lui...Maintenant ça se complique...