Christian Roux - Kadogos

Marnie est une tueuse professionnelle. Elle a été élevée par son père dans ce seul optique. Aujourd'hui, elle s'est spécialisée dans l'euthanasie. Elle met fin à des vies qui se terminent dans la douleur. Elle essaie de teinter d'empathie un job sans âme.
Eustache Lerne est un flic qui se bat contre le courant des choses. Il élève seul Tony, le survivant d'une précédente affaire. Tony a perdu sa mère qui l'enfermait dans un placard, il essaie aujourd'hui de se socialiser. Le combat est rude. Et Eustache tente de l'aider tout en essayant de se sortir de ses propres brouillards.
Les Kadogos sont ces enfants soldats des républiques africaines. Enfants des combats ethniques, leur existence a cessé le jour où ils se font enlevés par un clan ou autre. depuis, ils luttent eux aussi contre le courant de leur vie. Un courant semé de destruction et servitude. Ils sont sur le territoire français, et veulent récupérer les rênes de de leur destin. La confrontation entre Marnie, Eustache et eux va être dur. Et les dommages collatéraux nombreux.

La vie est parsemé de surprises et de rencontres qui changent la façon devoir les choses. Nos trois protagonistes vont en faire les frais. Si Eustache a rencontré Tony dans Placards, Marnie va faire ici la rencontre qui va lui lever ce voile qui lui obscurcit la vision. Elle vit dans un château d'ivoire mais brûle d'envie d'en sortir. Une jeune fille va l'aider à découvrir des plaisirs aussi simples que la musique. Enfin, les kadogos nous livre leur passé et nous font espérer pour leur avenir. Ils sont des paradoxes vivant sous des latitudes étrangères. On aurait vu de croire qu'ils sont d'un autre temps, mais ils sont d'aujourd'hui. Ils vivent en même temps que nous, sur la même planète.
Et Christian Roux a voulu pointer du doigt ces anachronismes. Nous vivons sur une planète où le meilleur côtoie le pire. Et ce roman de Christian est un condensé de ce qui nous entoure. Ses personnages nous ressemblent tous d'une façon ou d'une autre. Et quand c'est pas le cas, ils sont le symbole de ce qui nous dérange. Ils sont ces êtres que l'on ne veut pas voir. Après les SDF notamment, il nous pointe du doigt les enfants soldats. Mais il ne nous pond un roman bateau. Il les intègre dans une intrigue policière plus large.
Et puis, là, il joue avec la narration comme il n'a jamais osé avant. Il nous ballade dans les temps de narration et dans les points de vue. Donc on sait tout mais en décalé. Le résultat est un suspens fort et prenant. Et une réussite à nouveau. Christian Roux est un faiseur de scènes: il absorbe les personnages et les faits et en restitue le côté le plus humain. Donc un roman à lire tout de suite.

Max A. Collins & Richard P. Rayner - Les sentiers de la perdition

Depuis une dizaine d'années aujourd'hui, l'industrie du cinéma hollywoodien se sert dans le vivier que représente la bande-dessinée américaine. Parfois, es réussites scotchent les amateurs et ouvre les portes du 9ème art à des néophytes. Et d'autres sont des fours complets. Aujourd'hui, je viens vous parler des Sentiers de la Perdition. Cet ouvrage est le comics qui a donné naissance au film avec Tom Hanks et Jude Law. Il s'agit d'un polar noir et très bien ficelé. Mais n'allons pas trop vite et revenons au début.

Michaël O'Sullivan est l'Archange de la Mort, le tueur à gage attitré du gang des Looney. Seulement, un de ses fils est très curieux et devient le témoin de l'activité hautement lucrative de son père. Il tue et gagne de l'argent pour ça. Là, les choses se compliquent. Le fils Looney prévient son père qui décide de tuer son Archange et sa famille. Sauf qu'ils loupent O'Sullivan et son fils à l'origine de ce règlement de compte. Les deux survivants deviennent alors des fugitifs. Le but de la fuite est de les amener à perdition dans le Kansas (là, on dit vive les traducteurs qui ont tout compris!....) pour y laisser le fils O'Sullivan dans la famille de sa mère. Une chasse commence. Mais qui est le chasseur? Le chassé? Les rôles sont échangés sans cesse et le jeu de piste se perd dans des conjonctures policières qui rendent le récit dense sans jamais perdre en compréhension.

Outre le dessin en noir et blanc qui apporte une touche authentique et agréable à la narration, le point fort de cette bande-déssinée est de s'inscrire dans une réalité historique. La petite histoire rejoint la grande à travers des personnages comme Elliot Ness ou Al Capone. Et ces personnages ne sont pas là que pour faire figuration. Ils ont un véritable second rôle. Il existe des scènes ont ils ont sur le devant de la scène. C'est dommage que le film n'ait pas gardé cette originalité.
En conclusion, je vous conseille ce comic qui est passionnant et qui se dévore sans modération. Ainsi, tout comme moi, le film qui en est tiré fera peut-être partie de votre liste des films à voir.

Maxime Chattam - Autre-monde: Malronce


Un autre monde. Une autre Terre. Enfin pas totalement. Rappelez-vous les événements passés. Une tornade hors du commun a tout balayé sur la Terre. Les constructions humaines, et les ravages du béton ont été effacés pour laisser la nature dominer l'espace. Quelques survivants errent sur les territoires sinistrés: les Pans qui sont les enfants d'alors, les Gloutons qui sont, eux, les adultes devenus des créatures sans âmes et affamées et puis il y a les Cyniks. Ces derniers sont les pires. Ils ont perdu le peu d'espoir qu'avait les adultes, et ils y ont gagné un cynisme qui vire au stupide lorsqu'il s'agit des pans.
Le décor est planté. Focus sur nos trois héros: Ambre, Tobias et Matt. Ils ont décidé de se rendre en plein cœur du pays Cynik pour comprendre deux choses. Pourquoi ces derniers enlèvent les Pans? Et enfin pourquoi ils recherchent activement Matt? Les pérégrinations de nos trois apprentis héros vont les amener à destination non sans mal. Ils arriveront au plus près de Malronce, la reine Cynik, et des ses rêves. Elle est devenue avec la Tempête une messie, et un guide de la violence. Qui va remporter le duel: la candeur des Pans, ou la colère des Cyniks? La question est là, et les réponses arrivent tout doucement.

L'année dernière, Maxime Chattam nous a tous étonnés avec le premier tome d'Autre-Monde. Il nous avait habitué au thriller ancré dans la réalité. Même si celle-ci était un peu tordue de temps en temps. Alors lorsque ce roman a été publié, il était attendu mais également redouté. Allait-il réussir son pari. Pour ma part, c'est ce second tome que je redoutais le plus. Créer un univers entier de toute pièce n'était pas le plus grand défi de Chattam je pense. Le plus grand challenge est de faire durer cet univers sur plusieurs romans. Et là, il nous prouve qu'il y arrive véritablement. Son monde s'étoffe pour s'éloigner de plus en plus du nôtre.
On délaisse un peu les Pans et leur façon d'être pour découvrir plus en profondeur le royaume des Cyniks. Et il est aussi prolifique que celui des adolescents. Une hiérarchie tournée autour de la reine et de la peur des Pans s'y est créée. On découvre la raison de la Quête des Peaux, ou encore des portraits de Matt. Mais la principale évolution de ce roman est que l'on quitte le monde des enfants dans le style également. Nous avons affaire à u roman adulte, décomplexé d'un lectorat jeune. Les thèmes traités évoluent et grandissent avec les inquiétudes de nos héros. Et puis tout enfant grandit et devient un adulte, acquière-t-on alors la bêtise d'un adulte? Ou alors peut-on garder notre innocence? Ces questions hante ce roman. Elles servent l'histoire bien évidemment, mais elles servent également de bien plus amples réflexions.
Lisez cet roman. Du pure plaisir en pages. Et puis il vous faudra attendre un peu pour lire le troisième tome.

Gaston Leroux - Le mystère de la chambre jaune

Je vous ai déjà parlé de ces classiques que tout le monde connaît, mais que peu ont lu. Et souvent, vous remarquerez que plus on en parle, moins on l'a lu. Mais bon... Passons... Parmi ces livres, vous pourrez notamment y trouver ceux de Gaston Leroux. Cet auteur, qui a été journaliste également, a connu un très beau succès de son vivant. Et ses romans vivent une seconde existence aujourd'hui.
L'intrigue du Mystère... est simple. Une tentative d'assassinat a lieu dans une grande maison. Le propriétaire de la masure, un scientifique, entend un cri provenant de la chambre où vient de se retirer sa fille. Il lutte pour rentrer dans la pièce. Il finit par y arriver avec l'intendant de la maison. Le mystère s'épaissit. Sa fille est seule et en piteuse état. Mais les fenêtres sont fermées de l'intérieure, et la seule porte était celle défoncée par les deux hommes. Mais comment l'assassin a fait?
Cette étrange affaire attire la curiosité de nombreux esprits. Et notamment, le jeune reporter Rouletabille. Esprit vif et aiguisé, il a déjà résolu l'affaire de la femme découpée en trouvant le pied où aucun policier n'est allé le chercher. Et puis, avec cette affaire, il pourra se mesurer au "grand Fred", le plus fin limier de la Sureté parisienne. Le défi des logiques est lancée.

Quelle claque je me suis pris! Je l'ai lu par pur curiosité, et j'en suis sorti tout ébahi. On y retrouve la logique deDupin de Poe, ou de Sherlock Holmes de Conan Doyle. Et tout ça dans le corps d'un bonhomme de 18 ans. C'est tout de même très bluffant, et on y croit. Du coup, on cherche à connaître la solution du mystère en exerçant nous-même notre propre logique. Si vous y arrivez, dites-le moi! Je serai enchanté de vous connaître!
De même, je retrouve ici la poésie propre à l'auteur. Poésie que j'avais découvert avec Le fantôme de l'Opéra. Là encore, une certaine mélancolie traîne dans les mots. Un petit quelque chose qui vous accroche et ne vous lâche pas. Ce petit quelque chose qui vous fait comprendre ce que ressent Rouletabille lorsqu'il sent le parfum de la dame en noire. Au passage, je vais me jeter sur la suite des aventures de Rouletabille. Mais je vais également de voir le film qui est tiré de ce roman.
Vous-même, lisez ce roman. Et vous l'apprécierez à sa juste valeur. Je vous le promets.

Antoine Laurain - Carrefour des nostalgies

François Heurtevent est maire d'une petite ville française comme il en existe beaucoup. Ce soir, c'est la fête. Le champagne va être sabré pour sa victoire aux élections municipales. Tout est prêt...Les résultats tombent... Il est battu à deux cents vingt deux voix seulement. Mais ça suffit pour perdre la commune. Après la députation, il perd la municipalité. Qu'est-ce qu'il va faire maintenant. A part de la politique, il n'a jamais rien fait. Les journées deviennent longues.
Il se souvient alors de ses premières années auprès d'André Dercours, dit "Derk", qui lui a tout appris. Son esprit vagabonde au grès de ses envies. Sa femme s'inquiète, elle ne l'a jamais vu comme ça. Dépressif et nauséeux. Puis, on finit par lui livrer les cartons de la mairie. Ses anciennes affaires lui sont revenues. En jouant à l'enfant, il fait tout chuter. Un véritable capharnaüm s'installe alors dans son bureau. Une photographie sort de cet amas, elle fait de l'œil à François. C'est la photo de classe du cours Levert. Il décide alors de faire la chasse aux anciens élèves. Il veut savoir ce qu'ils sont devenus.

Ah!... Le nouveau roman d'Antoine Laurain. Je l'attendais par curiosité, et par plaisir aussi bien sûr! Le premier que j'ai lu de cet auteur est Fume et Tue, publié en 2008. L'histoire d'un homme qui chute dans un logique déraisonnable. Dans la même thématique, l'auteur a écrit en 2007 Ailleurs si j'y suis. Je vous les conseille tous les deux. Des portraits d'homme qui cesse de lutter contre le courant, et qui se retrouve paradoxalement à contre-courant.
Ici, il s'agit d'un homme qui a perdu une de ses raisons de vivre. Il a toujours été maire, puis député. Il perd les deux. Alors, il se plonge dans le passé comme si son avenir en dépendait. En étant à la recherche du devenir de ses anciens camarades, il va tomber nez à nez avec ses origines. Et puis il trouvera une solutions à ses problèmes. Antoine Laurain a perfectionné son style et nous éblouit. Pas un temps mort, on enchaîne les rencontres et les portraits. Et on pourtant, on ne s'ennuie pas un instant. On découvre au fil des pages la réflexion de François. Et on ne peut s'empêcher de se poser souvent les mêmes questions.