Les enquêtes de Mona Cabriole

La série Mona Cabriole, édité par La Tengo, commence à s'étoffer alors je vous mets ici la liste des chroniques par arrondissement. Je la remettrai à jour au fur et à mesure.
3ème arr.
6ème arr.
10ème arr.
13ème arr.
14ème arr.
15ème arr.
17ème arr.
18ème arr.
19ème arr.

Marie Vindy - Onzième Parano


Quand on est une rock-star, la vie n'est jamais simple. Il n'est plus possible de vivre tranquillement et de profiter des plaisirs futiles. Pour un rien, les groupies les plus hystériques vous suivent et vous harcèlent. Comme cette Clotilde Seger. Elle aime à en crever le groupe Surface Noise, et son chanteur charismatique Basile Winkler.
A en crever... Le mot est finalement pas trop fort. Son cadavre est retrouvé dans la chambre de son idole. Lui, il se dit innocent et n'y comprend rien. Les flics, eux, connaissent le pedigree de l'énergumène et découvrent ses penchants pour le bizarre. Leur idée est vite faite. Pareil pour la famille de la victime. Il n'y a que ceux qui connaissent vraiment le chanteur pour croire en son innocence. Et Mona Cabriole. Elle sent le trop simple, et le pas clair. Elle a le nez fin notre petite Mona. 
Sa réputation l'a précédée. L'avocat de Basile Winkler l'engage pour mener l'enquête à décharge. Tout travail mérite salaire: elle sera rémunérée et elle aura une fois le dossier clôt la totale exclusivité sur ses découvertes pour Parisnews.

Notre journaliste de choc à scooter est de retour. Elle visite le onzième arrondissement cette fois.
En plein déboires personnelles, elle mène l'enquête sur un meurtre impliquant un grand nom de la musique Rock. L'auteur, Marie Vindy, en profite pour placer ses références musicales pour que Mona Cabriole les fasse sienne. On retrouve avec plaisir les éléments qui font maintenant partie des classiques d'un épisode de la série: la péniche Nico, Parisnews, Langlois ou encore Clara. Le schéma de construction n'en est pour autant immuable. Ici, l'histoire penche plus vers le thriller avec son lot de révélations et de rebondissements. On suit l'enquête de Mona avec intérêt. On veut connaître la vérité. Rien ne nous importe d'autre.
L'auteur arrive à nous happer en nous montrant que rien n'est plus mensonger que les apparences. Elle se joue des convenances et de la réalité pour nous plonger dans une intrigue où la paranoïa devient la norme. Il n'y a pas un personnage qui ne devient suspect à vos yeux. Même si c'est pour le rester que quelques secondes. 
Ce tome est parfait pour entrer dans la série. Tout y est pour faire connaissance avec la petite famille de Mona Cabriole.

Sellig - Des clones et des Koumlaks


          Les extra-terrestres sont de retour. Enfin, pas réellement. Je dirais même qu'ils sont partis vers de nouvelles aventures. Alors pourquoi je dis qu'ils sont de retour? Parce que ces Et, on les connaît bien. On les a découvert lors de leur invasion ratée de la planète Terre.
Quand je parle d'invasion, je ne fais que reprendre le point de vue du Général et de ses soldats. Mais l'erreur leur a été fatale. L'armée s'est  trouvée incapable d'appréhender un engin extra-terrestre.Le résultat ne se fait plus attendre: le Général et ses deux acolytes (et lèches-bottes, il faut bien le dire...) se retrouvent mutés dans une île du pacifique, au milieu de nulle part. 
Les deux extra-terrestres à l'origine de cet imbroglio, eux, sont repartis vers chez eux mais ils sont pourchassés par toutes les autorités de l'espace. Et je peux vous dire que ça fait un paquet de monde. Alors ils prennent le boulot qu'on leur propose. C'est pas du joli-joli! Data, le geek (Si! Si! C'est un terrien aussi!) qui les accompagne les avaient bien prévenus: ça sent mauvais toute cette histoire de livraison discrète. Ils n'ont rien voulu entendre. Ajoutez un ancien lieutenant et son amour à la poursuite des ravisseurs de sa sœur, et des terriens qui font fortune grâce à la technologie ET. Vous réunissez le tout à la moitié du livre, en n'oubliant pas d'y inclure les trois soldats, et vous avez une mine d'humour et d'action.

Sellig revient à la charge avec un concentré d'humour. 
Il m'avait étonné avec son premier opus en mélangeant les genres et les références. Avec ce deuxième essai, il fait fi des références et se jette dans l'arène avec ses propres armes. Il reprend les personnages que l'on a connu avec Pour une poignée de Koumlaks, et les ballade dans de nouvelles aventures. On ne suit pas moins de quatre groupes de personnages ( deux sur Terre, et deux dans l'espace) avec chacun leurs aventures. Et surtout, tout est rassemblé à partir de la moitié du roman. Chacun y trouve son intérêt, et le lecteur aussi. 
On sort comme je disais de la sphère d'un Terry Pratchett pour plus investir dans l'humour propre à des groupes comme Les Inconnus par exemple. Je veux dire par là que l'on sort du champs parodique. Le roman réussit le mélange humour et aventure. Mais n'ayez pas peur de rire tout seul en lisant cet ouvrage parce que c'est qui va vous arriver!

Marin Ledun - Fractale


       Une boîte comme les autres. Une société de placements financiers pour clients fortunés. A la Saudis Corprate, c'est la fin de journée. Une journée de plus à transvaser des sommes des sommes les unes plus importantes que les autres. Au moment de conclure les dernières transactions, une alarme retentit.
Cette alarme est celle du plus haut degrés, pour attaque terroriste. Six employés encore dans les bureaux se dirigent vers l’ascenseur. Direction le sous-sol, dans la nouvelle salle aménagée. Rien n'est dit, rien n'est expliqué. Ils sont juste six employés, trois homme et trois femmes, enfermé dans un petit appartement en sous-sols. Et ils attendent que l'exercice finissent.
Ils attendent longtemps. Plusieurs jours. Puis certains disparaissent. Nul ne sait où ils vont, ni comment. L’ascenseur est à commande unique: personne d'en bas ne peut l'appeler. Alors qui est derrière tout ça? Et puis pourquoi ce simulacre de sélection? Pour une promotion comme ils l'ont cru au début? L'angoisse est entière, et le prix final risque d'être très lourd pour certains...

Ce texte est à l'origine une pièce de théâtre écrite par Marin Ledun pour la radio France Culture et son émission Drôle de Drame. La Tengo a décidé de le publier, dans sa nouvelle collection Pièce à conviction,  pour que le plus grand nombre puisse profiter de cette pièce de théâtre.
Je peux vous dire qu'ils ont eu une très bonne idée. Même si court, le texte est fort. Et le propos prend tout son sens quand il est rapproché des nombreux autres œuvres de Marin Ledun traitant du monde de l'entreprise. Ses thèmes y sont tous là: compétitivité, infantilisation du salarié et mondialisation du profit. Le tout est traité à la sauce polar pour épicer le tout.
Très honnêtement, à la lecture, la plaisir est total. A l'écoute de la pièce radiophonique, il est sera encore plus grand. Alors je vous donne le lien pour l'écouter: Fractale de Marin Ledun pour Drôle de Drames
Bonne écoute, bonne lecture.

Don Rosa - La jeunesse de Picsou


Picsou est radin, avare, pingre et rapiat. Je dirais même grippe-sou si j'osais la référence. 
Ceci étant dit, doit-on s'arrêter là? Non. L'oncle Picsou est surtout un aventurier qui a fait fortune par sa seule volonté. Il est né en Écosse il y a bien longtemps dans un château délabré où l'argent manquait pour le restaurer. Alors, par un coup du destin, il a décidé de faire fortune. Il sera le canard le plus riche au monde.
C'était écrit! 
Mais sa fortune ne s'est pas fait sans mal. Il y a laissé des plumes et des couacs. Finalement, il y a un peu perdu de son humanité. On ne devient pas ce qu'on est sans changements. Ses voyages l'ont amené aux Etats-Unis, en Australie ou encore en Écosse pour le retour du fils prodige. Toute la construction du personnage est là. Les personnages secondaires apparaissent les uns après les autres, et marquent la vie de Picsou de leur empreinte indélébile.
L’Histoire est en marche...

Qui ne connaît pas Picsou? Donald? Les 3 petits monstres Riri, Fifi & Loulou? 
Tout le monde. Et pour cause. Ils ont été les éléments principaux de très nombreuses histoires en BD. peut-être plus que Mickey. Surtout, ils se sont construits en parallèle aux Mouse mais les auteurs ont très vite réussit à créer une famille nombreuse avec un arbre généalogique précis et une histoire à part entière. Et cela est dû notamment deux auteurs qui ont pris le destin des Duck en main: Carl Barks, et Don Rosa. C'est l’œuvre de ce dernier dont je vous parle aujourd'hui. En 14 épisodes (12 normaux et 2 spéciaux), il nous livre simplement la jeunesse de Picsou et la genèse des Duck. Petit à petit, chacun des personnages apparaît avec ses raisons et son propre passé. Et à la fin de la saga, on a une réserve inépuisable de situations et d'histoires. 
Je pense que Don Rosa (et Carl Barks) se sont sentis plus libres avec Donald et sa famille qu'ils auraient pu l'être avec Mickey & cie. Le carcan est plus lâche. Et on le sent dans cette saga. Il construit sur les bases imaginées par son aîné sa propre maison. Et l'ensemble nous donne un plaisir fou. Je peux vous promettre que n'importe quelle histoire de Donald et sa famille aujourd'hui repose sur le travail de Don Rosa avec cette saga.
Le seul petit bémol est le caractère peu disponible de ce recueil. Mais je suis persuadé que vous pourrez le trouver sur le marché de l'occasion.

Franck Thilliez - [ Gataca ]

       Je préfère vous prévenir. Même si ce roman et Syndrome [E] sont indépendants, il existe une linéarité entre les deux dans les relations entre les deux personnages principaux. Par conséquent, cette chronique peut vous révéler des événements du premier roman. Vous voilà prévenu!
            Lucie Henebelle et Franck Thilliez se sont rapprochés. De très près. La claustrophobie de leur enquête a fait naître une passion charnelle entre ces deux êtres perdus dans l'immensité de la violence. Mais une perte va mettre en danger tous ces sentiments: une des jumelles de Lucie est retrouvée morte, et la seconde kidnappée par un homme perdu dans sa folie. Le clash entre Lucie et Franck est fatal.
Un an plus tard, Franck Sharko est retourné à la puanteur du terrain. A sa demande, il a été réintégré à la Criminelle de Paris. Au sein du célèbre 36 quai des orfèvres. Il est appelé sur le meurtre d'un homme relâché. Il s'agit d'un homme qui a tué ses jumelles dans un accès de folie. Il a été déclaré irresponsable. Une faute de Sharko et il s'engueule avec son chef. Il va dans une autre équipe. Démobilisé de la première enquête, il est mis sur le meurtre d'une scientifique. Apparemment, le meurtrier est un primate.  Rien n'est simple.
Lucie a quitté la Police Nationale. Elle n'a supporté la mort d'une de ses jumelles. Elle survit en errant dans la vie comme on erre dans des rues désertes. Elle s'est isolée dans sa bulle en préservant la survivante. Mais lorsque son ancien chef lui apprend que le meurtrier vient de se donner la mort en tombant dans une espèce de schizophrénie, son instinct de flic est mis en alerte. Elle enquête de façon officieuse de son côté. Sa route va croiser celle de son ancien amant. Ils vont entrer ensemble dans une spirale où la violence sera à nouveau l’œil du cyclone. La clef de toute la génétique est l'ADN, vous le savez. Mais est-ce que vous savez qu'on connaît seulement 2% des fonctions de cet ADN? Le reste vous réserve bien des surprises.

       M. Thilliez revient avec ce second tome du diptyque sur l'origine de la violence. S'il nous démontre qu'elle peut être provoquée par autrui de manière psychologique, il nous dévoile aujourd'hui une vision génétique de cette violence que nous avons tous. Pour autant, il ne s'agit pas d'une suite. Simplement, nous suivons les mêmes personnages sur une nouvelle enquête. Et la force vient du fait que les personnages évoluent dans des très grandes lignes. Du tout au tout. Sharko n'est plus visité par ses visions mais il a perdu son envie de se battre contre les moulins a vent. Il veut simplement laissé le courant le porter, le submerger. Lucie, elle, est devenue une femme triste. Une femme qui a perdu sa joie de vivre. Elle ne veut plus rien avoir à faire avec son ancienne vie et avec ses peurs.
L'auteur a osé une chose folle. Il nous a refait un coup qu'il a déjà fait dans un précédent roman. Et je peux vous dire que ça fonctionne toujours parce que justement on ne s'y attend pas. Pas une seconde, on ne se doute su subterfuge. Et ça fait mouche. De plus, ce roman est plus travaillé que le précédent. Plus poussé au niveau de l'intrigue. Les ramifications sont plus nombreuses et les surprises se succèdent.
Si vous n'avez pas lu Le Syndrome [E], lisez les deux à la suite. Vous en prendrez plein les yeux.